Rabat accueille un forum stratégique pour repenser la gouvernance africaine
La capitale marocaine a été le théâtre d’un événement d’envergure panafricaine les 14 et 15 juillet 2026. Le 17ᵉ Forum ministériel du CAFRAD (Centre Africain de Formation et de Recherche Administratives) a réuni des décideurs de haut niveau pour discuter des défis et opportunités liés à la modernisation des administrations publiques. Cette édition, axée sur le leadership comme levier de transformation, a offert une tribune idéale pour le Bénin afin de présenter ses réformes ambitieuses en matière de gouvernance numérique.
Une vision claire : l’administration béninoise au service de la croissance
Le ministre béninois chargé du Budget et de la Fonction publique, Rodrigue Chaou, a porté haut les couleurs de Cotonou lors de ce sommet. Dans un discours percutant, il a souligné l’importance de faire de l’administration un moteur économique plutôt qu’un simple organe bureaucratique. Pour y parvenir, le pays mise sur une digitalisation accélérée de ses services publics, une stratégie considérée comme un modèle pour le continent.
Le thème central du forum, « le leadership comme catalyseur de l’action publique en contexte VICA(P)D », a résonné particulièrement avec les réformes béninoises. Ce concept, qui intègre les notions de volatilité, incertitude, complexité, ambiguïté et transformation numérique, reflète parfaitement les défis auxquels font face les États africains. Le Bénin y voit une opportunité de se positionner comme un acteur clé dans la refonte des structures étatiques, en combinant agilité et innovation.
Le leadership public à l’épreuve des mutations technologiques
Les débats ont mis en lumière deux approches complémentaires pour relever ces défis. D’une part, le Dr Dieudonné Assouvi, directeur général du CAFRAD, a insisté sur la nécessité de repenser le rôle des managers publics. Face à l’instabilité des environnements économiques, les méthodes traditionnelles de gestion, souvent rigides et centralisées, montrent leurs limites. Il a plaidé pour un leadership adaptatif, capable de s’ajuster en temps réel aux crises et de garantir la résilience des institutions.
D’autre part, le Professeur Sehl Mellouli de l’Université Laval au Canada a abordé un enjeu crucial : la souveraineté numérique. À l’ère de l’intelligence artificielle et du cloud computing, l’indépendance technologique des États africains est devenue un impératif stratégique. Elle conditionne non seulement la sécurité nationale, mais aussi l’attractivité des économies locales pour les investisseurs étrangers. Le Bénin, en misant sur des solutions locales et sécurisées, illustre cette vision prospective.
La digitalisation comme levier de compétitivité économique
Lors de la session ministérielle, la délégation béninoise a partagé des résultats concrets qui parlent d’eux-mêmes. La dématérialisation des procédures fiscales et douanières a permis de simplifier les démarches pour les entreprises, réduisant ainsi les coûts de transaction et les délais. Cette modernisation a également renforcé la transparence, limitant les risques de corruption et renforçant la confiance des citoyens.
Un autre succès marquant est le guichet unique de création d’entreprises. En quelques heures seulement, les entrepreneurs peuvent désormais immatriculer leur société en ligne, sans se déplacer. Cette avancée stimule l’entrepreneuriat, notamment chez les jeunes, et attire les investissements étrangers. Elle s’inscrit dans une logique plus large de simplification administrative, qui positionne le Bénin comme un hub économique régional.
Inclusion numérique : une priorité pour une administration accessible
La transformation digitale du Bénin ne se limite pas aux gains économiques. Elle vise également à réduire les inégalités d’accès aux services publics. Grâce à la décentralisation des services en ligne, même les populations des zones reculées peuvent obtenir des documents essentiels comme des actes d’état civil, des casiers judiciaires ou des pièces d’identité. Cette approche inclusive permet de réintégrer les citoyens dans l’économie formelle et de garantir une meilleure équité territoriale.
Le gouvernement béninois a également mis l’accent sur la formation des agents publics et des citoyens pour garantir que personne ne soit laissé pour compte dans cette révolution numérique. L’objectif est clair : faire de la technologie un outil d’émancipation et de développement durable pour tous.
Vers une nouvelle ère de coopération administrative en Afrique
Les discussions à Rabat ont également ouvert la voie à la 61ᵉ session du Conseil d’Administration du CAFRAD. Les États membres devront désormais transformer les idées en actions concrètes. Parmi les priorités : l’évaluation des programmes de formation, le renforcement de la coopération Sud-Sud et l’adaptation des administrations aux défis du XXIᵉ siècle.
Pour le Bénin, cette participation active au forum est bien plus qu’une démonstration de leadership. C’est l’affirmation d’une volonté de co-construire une administration africaine moderne, résiliente et inclusive. En investissant dans la digitalisation et en promouvant une gouvernance agile, Cotonou envoie un message fort : l’Afrique a les clés pour transformer ses défis en opportunités et bâtir un avenir prospère pour ses populations.