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Le président Ibrahim Traoré martèle une vision claire : construire un Burkina Faso souverain, libéré de la dépendance aux prêts étrangers pour financer son développement. Un discours ambitieux qui séduit une partie de la population, mais qui se heurte aujourd’hui à une réalité comptable implacable : la dette publique a explosé, franchissant la barre symbolique des 8 700 milliards de FCFA en 2026.

Une dette publique en pleine expansion : le virage silencieux des finances burkinabè

La trajectoire de la dette publique burkinabè illustre un paradoxe saisissant. Fin 2020, l’encours de la dette de l’administration centrale s’élevait à 4 765,45 milliards de FCFA. Cinq ans plus tard, ce chiffre a presque doublé, atteignant 8 731,5 milliards de FCFA au premier trimestre 2026.

Cette progression fulgurante s’explique par une combinaison de facteurs : investissements massifs dans les infrastructures, dépenses militaires accrues pour faire face aux défis sécuritaires, et nécessité de maintenir les dépenses sociales et administratives face à des recettes fiscales insuffisantes.

L’endettement intérieur : un choix stratégique ou une contrainte inévitable ?

À la différence des dettes contractées auprès d’institutions internationales ou d’États étrangers, la dette burkinabè repose désormais à près de 60 % sur des emprunts internes. En chiffres, cela représente 5 196 milliards de FCFA sous forme de bons et d’obligations du Trésor.

Ce recours accru à la dette intérieure n’est pas anodin. Il reflète une volonté de réduire la dépendance vis-à-vis de partenaires extérieurs, mais il impose aussi des contraintes budgétaires lourdes : le service de la dette (remboursement du capital et paiement des intérêts) a atteint 407,1 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, soit une hausse de 31,5 % en un an. Autrement dit, près de 5 % des recettes publiques sont aujourd’hui consacrées au remboursement de ces emprunts internes.

Des ressources naturelles abondantes, mais une trésorerie sous pression

Le Burkina Faso dispose d’un avantage stratégique : ses richesses minières, notamment l’or, qui représentent une part majeure de ses exportations. Pourtant, malgré ces atouts, l’État peine à générer suffisamment de liquidités pour financer ses projets sans recourir massivement à l’emprunt.

Cette situation soulève une question cruciale : comment concilier une politique de souveraineté financière affichée avec une hausse continue de l’endettement public ? La réponse ne réside pas dans le refus d’emprunter, mais dans la capacité à démontrer que chaque franc emprunté génère une valeur ajoutée tangible pour l’économie et la population.

Un risque modéré de surendettement, mais des failles structurelles à corriger

Les institutions internationales, comme le Fonds monétaire international, estiment que la dette burkinabè reste soutenable à moyen terme. Cependant, elles pointent plusieurs vulnérabilités majeures : la dépendance aux recettes minières, la pression liée au refinancement de la dette intérieure, et l’instabilité sécuritaire qui pèse sur les perspectives économiques.

Ces alertes rappellent que la souveraineté financière ne se décrète pas. Elle se construit par une gestion rigoureuse des dépenses, une diversification des sources de revenus, et une stratégie claire de remboursement des emprunts.

Le défi politique et économique : expliquer l’inexplicable

Pour le gouvernement d’Ibrahim Traoré, le défi est double. D’une part, justifier l’augmentation exponentielle de la dette publique malgré un discours anti-emprunt. D’autre part, prouver que cette dette finance des projets capables de dynamiser l’économie à long terme.

Les chiffres sont là : entre fin 2020 et début 2026, l’encours de la dette a augmenté de près de 4 000 milliards de FCFA. Le gouvernement doit désormais répondre à des questions essentielles : à qui ces emprunts ont-ils été contractés ? À quels taux ? Pour quels projets précis ? Et surtout, quels bénéfices concrets en ont tiré les citoyens ?

Car en matière de finances publiques, les promesses ne suffisent pas. Les chiffres, eux, attendent des explications.

By Maimouna Hamani

Rédacteur Web