Burkina Faso : la peine de mort rétablie, un coup de poker politique contre damiba
Le Burkina Faso vient de franchir une étape historique dans son histoire judiciaire et politique. L’Assemblée législative de transition, sous l’égide du capitaine Ibrahim Traoré, a validé à l’unanimité le rétablissement de la peine de mort dans le Code pénal. Une décision présentée comme un symbole de fermeté, mais qui révèle surtout les calculs d’un régime déterminé à écarter ses rivaux. Derrière le slogan provocateur « Le sentimentalisme, c’est fini », se cache une manœuvre bien plus cynique : préparer l’élimination juridique de l’ancien chef d’État de transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
Une arme juridique taillée pour Damiba : la peine de mort comme sentence politique
Le timing de cette révision pénale n’est pas anodin. Accusé de « haute trahison » et de conspiration contre la sûreté de l’État, Paul-Henri Sandaogo Damiba se retrouve aujourd’hui en première ligne d’une justice instrumentalisée. Le régime de Traoré a soigneusement préparé le terrain pour que le procès de son prédécesseur puisse aboutir à une condamnation à mort, en supprimant toute possibilité de clémence. L’objectif ? Envoyer un message sans équivoque à l’opposition et aux dissidents au sein des forces armées : la moindre velléité de résistance sera écrasée sans pitié.
Le miroir brisé : quand les bourreaux d’hier deviennent les victimes d’aujourd’hui
Cette volte-face judiciaire est d’autant plus frappante qu’elle illustre l’absurdité des coups d’État à répétition qui secouent le Burkina Faso. Comment oublier que Damiba lui-même avait justifié son putsch de janvier 2022 par un prétendu « sursaut patriotique » ? En renversant Roch Marc Christian Kaboré, il avait alors brandi la force des armes comme une solution salvatrice. Aujourd’hui, c’est au tour d’Ibrahim Traoré de brandir la même épée, mais cette fois contre Damiba. La requalification des méthodes de ce dernier en « haute trahison » souligne l’hypocrisie d’un système où l’illégitimité se mesure à l’aune du pouvoir en place.
De la « libération patriotique » à la trahison punissable de mort
La transformation des discours est édifiante. Ce qui était présenté comme un acte héroïque en 2022 est désormais criminalisé en 2024. Les partisans de Damiba avaient alors célébré son coup d’État comme une victoire pour le peuple burkinabè. Aujourd’hui, les mêmes méthodes sont jugées incompatibles avec la sûreté de l’État. Cette contradiction flagrante révèle une vérité cruelle : au Burkina Faso, la justice n’est plus qu’un outil de vengeance politique, où les rôles de bourreau et de victime s’échangent au gré des rapports de force.
L’engrenage de la vengeance : un piège sans issue pour le Burkina Faso
En refusant toute forme de clémence et en rétablissant la peine capitale, Ibrahim Traoré s’enfonce dans une logique autodestructrice. L’histoire des transitions militaires est riche en exemples : ceux qui utilisent aujourd’hui la justice pour éliminer leurs rivaux risquent fort de devenir les condamnés de demain. En instaurant une terreur d’État sous couvert de souveraineté, le régime actuel ne fait qu’alimenter un cycle sans fin de violences et d’instabilité. Le Burkina Faso, déjà éprouvé par des années de crises politiques, se dirige-t-il vers une nouvelle ère de répression aveugle, où la justice n’est plus qu’un instrument de domination ?
Une justice à deux vitesses : l’ironie tragique des putschs successifs
L’acharnement contre Damiba met en lumière une réalité dérangeante : la justice burkinabè n’est plus qu’un miroir déformant, reflétant les caprices du pouvoir. Les mêmes acteurs qui avaient célébré les coups d’État comme des actes nobles se retrouvent aujourd’hui traqués pour les mêmes crimes. Cette justice à géométrie variable ne fait que confirmer l’effondrement des valeurs démocratiques au profit d’une realpolitik impitoyable. Dans ce contexte, la peine de mort n’est plus une mesure de dernier recours, mais bien une sentence politique déguisée en verdict judiciaire.
