En 2025, le Cameroun s’impose comme le principal bénéficiaire des financements de l’Agence française de développement (AFD) en Afrique centrale. Les données officielles révèlent un portefeuille global de 949,6 millions d’euros, équivalant à environ 623 milliards de FCFA, répartis sur 51 projets actifs. Ce montant place Yaoundé en tête des villes africaines centrales, devant Kinshasa, Libreville, Brazzaville, N’Djamena et Bangui.

L’analyse détaillée de cette enveloppe financière montre une répartition précise entre les différentes entités du groupe AFD. L’AFD principale mobilise 875,8 millions d’euros, sa filiale Proparco 61,8 millions d’euros pour le secteur privé, et Expertise France 12 millions d’euros. Au total, 47 projets relèvent de l’AFD classique, tandis que 4 dépendent d’Expertise France. Sur le seul périmètre de l’AFD, le Cameroun représente 30,7 % d’un total régional de 2,8 milliards d’euros à la fin de l’année 2025.

Les infrastructures et l’urbanisme, piliers de la stratégie AFD au Cameroun

L’AFD axe sa politique régionale sur des investissements massifs dans les infrastructures stratégiques. Parmi les projets phares figurent le barrage hydroélectrique de Nachtigal et la modernisation du réseau ferroviaire Transgabonais. En 2025, ces secteurs ont capté 44,2 % des financements attribués au Cameroun.

Viennent ensuite les appuis aux institutions financières privées, qui absorbent 35,9 % des fonds. Les secteurs de la gouvernance (6,8 %), de l’éducation et de la formation (6,4 %), du secteur productif (2,9 %), de l’eau et de l’assainissement (2,2 %), ainsi que de l’agriculture et de la sécurité alimentaire (1,7 %), complètent cette répartition. Un projet marquant en 2025 concerne la lutte contre les inondations à Yaoundé et Douala, visant à protéger ces deux métropoles des aléas climatiques récurrents.

Cette priorité donnée aux infrastructures répond à un double objectif : combler les retards accumulés dans le pays et réduire les coûts logistiques et énergétiques pour les entreprises et les ménages. Elle illustre également la durée et la profondeur de la coopération financière entre le Cameroun et la France.

Une dépendance marquée aux instruments de dette

L’architecture financière des financements AFD en 2025 au Cameroun révèle une forte proportion d’instruments remboursables. Les prêts souverains représentent 33,9 % du total, suivis des prêts seniors (23,2 %), des Contrats de désendettement et de développement (C2D) à 16,2 %, et des garanties (12,6 %). Les crédits délégués par l’Union européenne (7,1 %), les subventions (6,3 %) et les Fonds d’expertise technique (FEXTE, 0,6 %) complètent le dispositif.

Plus de la moitié des fonds engagés prend donc la forme de financements à rembourser. Cette structure soulève des questions sur la soutenabilité de la dette future, liée à la rentabilité économique des projets financés. Les C2D, garanties, crédits européens et subventions atténuent partiellement ce profil, sans en modifier la dominante.

Dans le domaine privé, Proparco a notamment soutenu Prometal, un acteur clé de l’industrialisation locale. Par ailleurs, les programmes SeptentrionEst et SECAL ciblent les zones rurales du Nord, renforçant la résilience territoriale, l’entrepreneuriat et la sécurité alimentaire dans une région soumise à des pressions climatiques et sécuritaires.

L’enjeu final : transformer les financements en résultats concrets

Bien que le Cameroun soit le premier bénéficiaire régional des fonds AFD, cet avantage ne garantit pas automatiquement une amélioration économique. Les résultats agrégés sur la période 2020-2025, couvrant des domaines comme l’agriculture, la santé, l’éducation ou l’assainissement, sont présentés à l’échelle régionale et ne permettent pas d’isoler l’impact spécifique du portefeuille camerounais.

Pour les autorités locales, l’épreuve décisive réside dans l’exécution des projets. La qualité de leur mise en œuvre, la livraison des infrastructures, leur exploitation optimale et leur capacité à réduire les coûts économiques seront déterminantes. Au-delà du classement régional, l’enjeu est de démontrer que ces 623 milliards de FCFA transforment réellement l’appareil productif et améliorent les services essentiels pour la population.