Deux ans après sa création, la Confédération des États du Sahel (AES), qui unit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, célèbre son anniversaire dans un contexte marqué par des déclarations politiques fortes et des défis sécuritaires persistants. À l’occasion de cet événement, le président burkinabè Ibrahim Traoré, actuel dirigeant de l’AES, a tenu un discours volontariste, mettant en avant les progrès réalisés et les ambitions futures de l’organisation.

Selon le chef de l’État, l’AES a accompli des avancées notables dans plusieurs domaines clés. La coordination entre les trois pays s’est intensifiée, notamment dans la lutte antiterroriste, tandis que les structures communes se renforcent progressivement. Une intégration économique est également engagée, bien que les détails concrets manquent pour en mesurer l’ampleur réelle.

Pourtant, derrière ces annonces, les réalités du terrain restent préoccupantes. L’insécurité continue de sévir dans de nombreuses zones, tandis que l’inflation, les difficultés d’accès aux services essentiels et un ralentissement économique pèsent lourdement sur les populations sahéliennes. Le discours officiel ne fournit aucune donnée chiffrée pour étayer les progrès évoqués, laissant planer un doute sur leur portée réelle.

Une souveraineté économique en construction, mais des obstacles majeurs

L’AES affiche une volonté claire de bâtir une autonomie économique à travers plusieurs leviers : industrialisation, valorisation des ressources naturelles locales, sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que la libre circulation des personnes et des biens. Ces objectifs, bien que louables, nécessitent des investissements massifs et une stabilité durable, deux conditions difficiles à réunir dans un contexte de contraintes budgétaires et de tensions sécuritaires.

Le président Ibrahim Traoré a également pointé du doigt une « guerre économique et médiatique » menée contre l’AES, attribuant une partie de ses difficultés à des campagnes de désinformation et à des pressions extérieures qualifiées de néocoloniales. Cette rhétorique reflète la ligne officielle des autorités depuis leur rupture avec certains partenaires occidentaux. Cependant, elle occulte en partie les défis internes qui freinent l’organisation : gouvernance complexe, contraintes économiques structurelles et persistance des attaques terroristes.

Le Mali sous le feu des attaques, révélateur des limites de l’AES

Le 4 juillet 2026, des attaques coordonnées ont ciblé plusieurs camps et positions des Forces armées maliennes dans des villes stratégiques comme Gao, Aguelhok, Anéfis, Sévaré et Kéniéroba. Ces événements rappellent avec force la menace persistante des groupes armés dans la région. Malgré une coopération militaire renforcée et des opérations conjointes régulièrement mises en avant, l’AES peine à inverser durablement la tendance.

Ces attaques illustrent les limites des dispositifs sécuritaires actuels. Les populations, elles, attendent des résultats tangibles : une réduction significative des violences, un retour à la stabilité et une amélioration concrète de leur sécurité au quotidien. Les discours sur la souveraineté et l’unité, bien que mobilisateurs, ne suffisent plus.

Vers un rééquilibrage des relations régionales ?

Le discours d’Ibrahim Traoré s’est voulu rassurant en réaffirmant que l’AES n’est dirigée contre aucun peuple ni aucune organisation. Il a également évoqué la reprise des discussions avec la CEDEAO pour redéfinir les relations futures entre les deux blocs. Cette posture plus ouverte contraste avec les tensions passées et pourrait permettre de préserver certains acquis, comme la libre circulation.

Pourtant, le bilan de l’AES après deux années d’existence reste largement symbolique. Si la vision et les ambitions sont claires, les résultats concrets se font encore attendre. Le véritable défi pour les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger sera de transformer ces promesses en actions tangibles, au service des populations sahéliennes.