La Commission d’enquête de l’ONU sur les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo (Nord-Kivu et Sud-Kivu) a tiré la sonnette d’alarme : ses capacités opérationnelles sont gravement affectées par des restrictions budgétaires imposées par les Nations Unies. Cette situation menace directement sa mission sur le terrain, où la crise humanitaire et sécuritaire reste critique.
Lors d’une intervention récente à Genève, devant le Conseil des droits de l’homme, le président de la Commission, Arnauld Akodjenou, a détaillé les obstacles rencontrés. Malgré des consultations menées à Kinshasa auprès de la société civile, des victimes et des autorités, l’accès aux zones les plus touchées reste bloqué. La ville de Goma, épicentre des tensions, n’a pu être visitée en raison de l’insécurité persistante.
Des missions entravées par le manque de moyens financiers
Les difficultés financières de l’ONU pèsent lourdement sur les activités de la Commission. Selon Akodjenou, ces contraintes limitent drastiquement :
- Le déploiement des équipes d’enquête ;
- Le recours à l’interprétation pour les témoignages ;
- Les analyses approfondies des données collectées ;
- La présence continue sur le terrain.
Le président de la Commission a souligné que « les souffrances rapportées exigent des réponses urgentes, des investigations rigoureuses et un engagement international sans faille ». Malgré ces défis, l’organe onusien maintient son mandat d’indépendance et de diligence, mais son efficacité est compromise.
Un appel à la protection des acteurs humanitaires et des victimes
Arnauld Akodjenou a rappelé l’obligation légale pour toutes les parties prenantes – groupes armés, forces gouvernementales, acteurs internationaux – de garantir un accès humanitaire sécurisé et sans entrave. Les populations les plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants, les personnes handicapées et les déplacés, doivent pouvoir bénéficier d’une assistance sans risquer des représailles.
Le président a également mis en garde contre les intimidations visant les témoins, les défenseurs des droits humains, les journalistes et les représentants communautaires collaborant avec les mécanismes de l’ONU. « Aucun acteur ne doit subir de pressions ou de sanctions pour son engagement en faveur de la vérité », a-t-il martelé.
Un mandat renforcé face à une crise persistante
Créée en février 2025 par le Conseil des droits de l’homme, la Commission a pour mission d’enquêter sur les violations des droits humains et du droit international humanitaire dans l’Est de la RDC. Son travail s’articule autour de trois axes principaux :
- Établir les faits et préserver les preuves ;
- Identifier les responsables en vue de poursuites judiciaires ;
- Analyser les causes profondes des cycles de violence.
La résolution S-37/1 lui confère un rôle clé dans la lutte contre l’impunité, notamment pour les crimes de violences sexuelles et sexistes, les attaques contre les déplacés et les réfugiés, ainsi que les crimes internationaux liés à l’escalade des hostilités depuis janvier 2025.
Alors que la situation reste préoccupante, la Commission insiste sur la nécessité d’un soutien financier et logistique accru pour mener à bien sa mission. Sans cela, les populations de l’Est de la RDC continueront de payer le prix d’un conflit où l’impunité et la souffrance humaine s’enracinent chaque jour un peu plus.