Les forces russes déployées au Mali ont fait preuve d’une passivité inhabituelle lors de l’avancée des rebelles touaregs alliés à des groupes djihadistes. Une colonne de véhicules transportant des soldats de l’Africa Corps (ex-groupe Wagner) a quitté la ville de Kidal, dans le nord du pays, sans opposer la moindre résistance, laissant le champ libre aux assaillants.
Cette retraite stratégique survient dans un contexte marqué par des attaques simultanées revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). Ces offensives, qui ont ciblé plusieurs régions dont la capitale Bamako, ont pris de court les autorités maliennes. Le GSIM a même publiquement demandé aux Russes de ne pas s’immiscer dans le conflit, afin de préserver d’éventuelles futures collaborations.
un revers pour la junte malienne et ses alliés russes
Avec 2 500 soldats russes sur place, l’Africa Corps était censé renforcer la sécurité au Mali après le départ des forces françaises en 2022. Pourtant, face à la pire crise sécuritaire depuis le coup d’État de 2020, les mercenaires russes sont restés inactifs. Une déception pour la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta, qui avait mis fin à la présence française en misant sur l’alliance avec Moscou.
Kidal, symbole d’une défaite militaire
La chute de Kidal revêt une importance particulière. Cette ville, fief historique des rebelles touaregs, avait été reprise en 2023 grâce à l’appui des forces russes. Sa perte marque un tournant dans la lutte contre l’insurrection au Sahel, où les groupes armés gagnent du terrain. Le colonel Goïta avait pourtant fait de cette victoire un argument de légitimité pour son régime.
un régime malien fragilisé
Le pouvoir en place au Mali subit des pressions accrues. L’assassinat du ministre de la Défense, les attaques non anticipées du GSIM et la prise de contrôle de territoires par les djihadistes révèlent une stratégie sécuritaire défaillante. La population, déjà éprouvée par des années de crises, subit de plein fouet les conséquences de cette instabilité chronique.
Les risques sont multiples : fragmentation du pays entre indépendantistes touaregs et groupes djihadistes, extension de l’influence du GSIM (affilié à Al-Qaïda) vers les pays voisins comme le Niger et le Burkina Faso, membres de l’Alliance des États du Sahel. À plus long terme, les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest pourraient également être menacés.
plus d’une décennie d’échecs enchainés
Depuis l’intervention française en 2014 pour stopper une avancée djihadiste vers Bamako, les efforts pour stabiliser le pays n’ont pas abouti. Après le départ des Français, les Russes étaient perçus comme une solution, mais leur échec confirme l’impasse dans laquelle se trouve le Mali. Quatre ans après le remplacement de Paris par Moscou, la situation sécuritaire reste critique, au détriment des civils.