crise humanitaire à Kouakourou : le calvaire des familles déplacées au Mali

Enfants et adultes déplacés dans une école de Mopti, au Mali

Les habitants de Kouakourou, village du centre du Mali, sont aujourd’hui dispersés dans des conditions précaires après avoir fui l’avancée des groupes armés. Installés dans une école de Mopti transformée en camp de fortune, ils livrent leur quotidien marqué par l’incertitude et l’entassement.

« Lorsque nous sommes arrivés ici, on nous a fourni du riz, du thé, du sucre, de l’huile et du lait en poudre, raconte un déplacé sous le couvert de l’anonymat. Cette aide, organisée par la mairie, émane d’une personne généreuse qui préfère rester dans l’ombre. »

Pourtant, la gratitude ne suffit pas à masquer les difficultés. « Vivre dans une école n’est pas une solution durable. Certains dorment dehors, exposés aux intempéries, tandis que d’autres s’entassent dans les salles de classe. Avec plus de 400 personnes sur place, l’espace est devenu un enfer, surtout quand la pluie s’invite », confie-t-il, le visage marqué par l’épuisement.

Un village rayé de la carte et des rêves brisés

Kouakourou n’est plus qu’un lointain souvenir pour ses anciens habitants. Sous la pression des jihadistes du Jnim, qui leur avaient fixé un ultimatum, les villageois n’ont eu d’autre choix que de tout abandonner. « Quitter sa maison, ses champs, ses biens… C’est une souffrance indescriptible, témoigne une femme en larmes. Nous sommes partis avec seulement les vêtements que nous portions. Même nos téléphones nous ont été confisqués. »

La campagne agricole, qui devait démarrer dans les semaines suivantes, est désormais compromise. « Nous étions en pleine préparation des champs, mais tout est perdu. Sans récolte, pas de revenus, pas de nourriture pour l’hiver. Comment survivre ? », s’interroge un agriculteur, le regard vide.

Le retour, une lueur d’espoir lointaine

Pour l’instant, personne n’ose envisager un retour immédiat. « Retourner à Kouakourou ? Ce n’est pas encore possible. Les terroristes rôdent encore, et personne ne garantit notre sécurité », explique un ancien chef de village. Pourtant, c’est cette perspective qui soutient le moral des déplacés. « Ce que nous voulons par-dessus tout, c’est rentrer chez nous. Même si c’est pour recommencer à zéro. »

En attendant, les autorités locales tentent de maintenir un semblant d’organisation, mais les ressources manquent cruellement. Les familles, autrefois autonomes, dépendent désormais de l’aide extérieure pour subsister. Une aide qui, bien que précieuse, ne comble pas le vide laissé par la perte de leurs moyens de subsistance.