crise politique au Sénégal : l’exécutif et le législatif s’affrontent après la chute de sonne
Le 22 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a dissous son gouvernement et limogé son allié historique, Ousmane Sonko. Ce dernier retrouve dès aujourd’hui son siège de député à l’Assemblée nationale, tandis que le président de l’institution, Malick Ndiaye, a annoncé sa démission. Demain, un nouveau président de l’Assemblée sera élu — et il pourrait bien s’agir de Sonko. Les observateurs y voient le début d’une confrontation directe entre l’exécutif et le législatif.
une rupture attendue par les analystes
Pour un site d’analyse sénégalais, cette scission était inévitable : « Le tandem Faye-Sonko portait en lui une contradiction insoluble. Non pas par manque de talent ou de vision, mais parce qu’une République n’est pas un orchestre où deux solistes improvisent sans partition commune. Le pouvoir exécutif, par nature, exige une direction unique. L’Histoire africaine, de Nkrumah à Sankara, de Modibo Keïta à Laurent-Désiré Kabila, montre que les cohabitations au sommet entre deux forces égales finissent toujours mal : par l’éviction de l’un ou la destruction des deux. »
des tensions croissantes depuis des mois
Un autre média local confirme cette analyse : « Cette décision marque l’aboutissement de mois de tensions entre deux hommes portés au pouvoir en avril 2024 par un élan populaire sans précédent. Les fissures sont apparues dès juillet 2024, lorsque Sonko évoquait déjà un “problème d’autorité“, reprochant au président de ne pas suffisamment le défendre face aux critiques politiques. La rupture définitive est intervenue après une séance houleuse à l’Assemblée, où l’ex-Premier ministre a publiquement remis en cause plusieurs choix présidentiels, dont la gestion des fonds publics, accusant Faye d’une “erreur“. »
vers un conflit institutionnel ?
Les spécialistes s’interrogent : « Sonko devient-il désormais l’opposant principal de Faye ? Porté par une popularité intacte, il représente une menace sérieuse pour le chef de l’État. Le prochain affrontement se jouera probablement à l’Assemblée nationale, dans un bras de fer entre l’exécutif et le législatif », explique un politologue de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis. Selon lui, le risque de blocage des réformes gouvernementales est réel, alors que quatre textes majeurs — révision de la Constitution, réforme de la Cour constitutionnelle, loi sur les partis politiques et création d’une Commission électorale indépendante — doivent être examinés sous peu. « L’exécutif se retrouverait alors dans une position très fragile », ajoute-t-il.
Un autre observateur basé à Ouagadougou résume la situation : « On assiste désormais à une guerre des pouvoirs entre le Pastef, contrôlé par Sonko, et la coalition présidentielle de Faye. L’enjeu ? Les élections locales de 2027 et surtout la présidentielle de 2029. La désillusion est grande parmi les jeunes Sénégalais, qui avaient placé leur foi dans le duo Faye-Sonko et ne savent plus vers qui se tourner. »
sonko peut-il l’emporter ?
Un analyste géopolitique estime que « l’affrontement est lancé, et Sonko pourrait en sortir vainqueur. Malgré sa récente exclusion par la justice, malgré son absence lors de la présidentielle, c’est autour de lui que s’est construite l’espérance de changement. Le Pastef dispose d’une base militante solide, d’un électorat jeune et mobilisé, et d’un récit politique forgé pendant les années de lutte contre le régime de Macky Sall. Certes, Faye conserve la légitimité institutionnelle, mais Sonko conserve une légitimité populaire et militante redoutable. Dans une future confrontation électorale, cette force pourrait faire la différence. »