les faits marquants
- remplacement : Ousmane Sonko a été démis de ses fonctions de Premier ministre le 22 mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye
- défi politique : le 12 juillet 2026 à Mbacké, Sonko a annoncé son intention de déposer une motion de censure contre le gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô
- soutiens à faye : dix des seize maires du département de Mbour ont affiché leur soutien au président Faye le 12 juillet
- nouveau parti : le président Faye organise le congrès fondateur de son parti le 8 août 2026 à la Dakar Arena
un discours virulent à Mbacké
La tension politique au Sénégal atteint son paroxysme. Lors d’un rassemblement organisé le 12 juillet à Mbacké, Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, a lancé des attaques sans précédent contre le président Bassirou Diomaye Faye et son équipe. Le leader du Pastef a accusé l’exécutif d’avoir abandonné la promesse centrale de renégocier souverainement les accords pétroliers, gaziers et miniers, pilier du programme de la coalition au pouvoir.
Dans une allocution relayée massivement sur les réseaux sociaux dès le lendemain, Sonko a dénoncé ce qu’il qualifie de dérive de l’idéal Pastef et pointé du doigt des pratiques corruptives au sein de l’administration. La menace est claire : il envisage de déposer une motion de censure pour renverser le gouvernement d’Ahmadou Al Aminou Lô, nommé Premier ministre le 25 mai 2026 par décret présidentiel.
une fracture politique irréversible
Cette offensive s’inscrit dans un contexte de rupture politique désormais consommée. Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a limogé Ousmane Sonko de la primature, une décision qui a suscité l’incompréhension dans l’opinion. Les deux hommes, considérés comme les deux piliers du Pastef depuis l’élection présidentielle de mars 2024, incarnent désormais des visions divergentes de la gouvernance.
Trois jours plus tard, Ahmadou Al Aminou Lô a pris la tête du gouvernement. Sonko, quant à lui, a été propulsé à la présidence de l’Assemblée nationale, un poste influent mais éloigné du pouvoir exécutif direct. Plutôt que de s’effacer, l’ancien chef du gouvernement utilise cette tribune pour amplifier ses critiques et maintenir une pression constante sur l’administration.
faye renforce son ancrage territorial
Pendant que Sonko intensifie ses offensives, Bassirou Diomaye Faye consolide ses soutiens locaux. Le 12 juillet, date du rassemblement de Mbacké, dix des seize maires du département de Mbour ont officiellement apporté leur soutien au président, marquant une étape clé dans la stratégie de construction d’une base politique autonome.
Cette mobilisation intervient alors que Faye prépare activement le lancement de son propre parti, dont le congrès fondateur est prévu le 8 août 2026 à la Dakar Arena. Cet événement symbolise la volonté du président de s’affranchir de l’influence historique du Pastef et de ses figures fondatrices.
une opposition frontale sur tous les fronts
Les critiques de Sonko ne se limitent pas aux questions économiques. Il a également attaqué la décision des sept membres du Conseil constitutionnel ayant invalidé la révision constitutionnelle, tout en pointant directement la responsabilité du président Faye dans cette affaire. Le ton est sans équivoque : une opposition radicale, alors même que les deux hommes partagent théoriquement une même origine politique.
Ahmadou Al Aminou Lô, Premier ministre, n’a pas manqué de répliquer. Sur les réseaux sociaux, il a dénoncé l’instrumentalisation du patriotisme à des fins politiques, illustrant la détermination de l’exécutif à ne pas céder face aux provocations.
le Sénégal à un tournant
Le Sénégal, nation de 18 millions d’habitants en Afrique de l’Ouest, a connu une alternance politique historique en mars 2024 avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye. Porté par le mouvement Pastef et son mentor Ousmane Sonko, il avait promis une rupture radicale avec les pratiques du passé et une gestion souveraine des ressources naturelles, notamment les gisements offshore de pétrole et de gaz.
Mbacké, ville où s’est tenu le rassemblement du 12 juillet, est un bastion religieux situé dans la région de Diourbel, au cœur du mouridisme, une confrérie soufie majeure au Sénégal. Touba, ville voisine et capitale spirituelle des mourides, représente un enjeu électoral stratégique. La présence de Sonko dans cette zone n’est pas anodine : elle vise à renforcer son influence dans une région où Faye tente également de s’implanter.
une motion de censure réalisable ?
La menace d’une motion de censure n’est pas une simple provocation. En tant que président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko dispose des moyens juridiques pour engager cette procédure. La question centrale reste celle de la majorité parlementaire nécessaire pour renverser le gouvernement. Le Pastef dispose d’une majorité solide à l’Assemblée depuis les législatives, mais l’incertitude plane désormais : combien de députés suivront Sonko dans une offensive contre un président issu du même mouvement ?
L’affrontement entre les deux hommes se poursuit sur plusieurs fronts, avec en toile de fond les enjeux de la renégociation des contrats avec les multinationales et l’orientation politique du Sénégal après l’alternance. Le 8 août, jour du congrès fondateur du parti de Faye, pourrait marquer un nouveau chapitre dans cette crise qui divise le camp du changement.