Lors de sa récente tournée dans la région du Baol, Ousmane Sonko, leader du parti Pastef et président de l’Assemblée nationale, a radicalement modifié son discours envers le président Bassirou Diomaye Faye et les institutions judiciaires. À l’occasion de l’inauguration du siège de Pastef-Touba et d’une conférence dédiée aux enjeux politiques actuels, il a vivement réagi à la décision du Conseil constitutionnel ayant invalidé la loi de révision constitutionnelle.
Alors qu’il avait auparavant prôné le respect de cette décision, qualifiant le Conseil de haute juridiction dont les avis s’imposent à tous, Sonko a brusquement adopté un ton bien plus combatif à Touba. Il a notamment pointé du doigt la pratique présidentielle consistant à saisir systématiquement le Conseil constitutionnel, déclarant : « Chaque semaine, il va saisir le conseil constitutionnel. » Une critique voilée envers la stratégie de Diomaye Faye, qu’il accuse de contourner l’action parlementaire en recourant systématiquement à l’arbitrage des « sept Sages ».
Le président Sonko n’a pas épargné le Conseil constitutionnel lui-même, remettant en cause la légitimité de son raisonnement. Il a affirmé avec fermeté : « Le conseil constitutionnel ne peut pas dire que les députés doivent voter des lois qui plaisent au président de la République. » Une attaque frontale contre les motifs procéduraux invoqués par les juges pour invalider le texte, à savoir l’absence de ressources compensatoires pour les nouvelles charges publiques et le non-respect de la procédure de vote bloqué. Sonko a conclu son intervention par une déclaration solennelle : « C’est grave ce qui se passe dans ce pays. »
Cette prise de position marque un tournant dans sa communication, habituellement marquée par une posture d’apaisement institutionnel depuis la décision du 9 juillet. Elle s’inscrit dans un contexte où la tournée de Pastef dans le Baol, initialement présentée comme une démarche de proximité, prend des allures de contre-offensive politique face à la stratégie de recomposition engagée par la Présidence. Cette dernière a récemment accueilli des centaines de maires et annoncé la création prochaine de son propre parti.