Ousmane Sonko lors de la conférence de presse qu'il a donnée à Dakar, le 2 juin

À peine une semaine après avoir été évincé de ses fonctions par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko, leader du parti Pastef, a choisi de réagir publiquement. Le Premier ministre sortant ne mâche pas ses mots : il dénonce ouvertement la stratégie politique de l’exécutif et met en garde contre les risques de déstabilisation institutionnelle.

Dans une sortie remarquée, il a rappelé que la majorité absolue détenue par Pastef à l’Assemblée nationale lui offre la possibilité de renverser le gouvernement par une motion de censure. « Je ne cherche pas à semer le chaos, mais les institutions doivent être respectées », a-t-il déclaré. Il a également révélé avoir alerté à plusieurs reprises le chef de l’État sur cette issue, sans obtenir de réponse.

Une légitimité contestée

Selon les observateurs, Ousmane Sonko s’appuie sur un argumentaire solide : son parti est issu des urnes. Pastef, avec 130 députés sur 165, représente la première force politique du pays. Le leader de l’opposition dénonce un gouvernement « dépourvu de toute assise démocratique », qualifiant la coalition présidentielle de « mythe politique ».

« Cette coalition ne signifie rien », a-t-il asséné, balayant d’un revers de main les tentatives de légitimation par l’exécutif. Pour lui, l’utilisation du terme « technocrates » est un aveu d’isolement politique. Sonko revendique ainsi la légitimité populaire comme seul fondement d’un gouvernement légitime.

Un exécutif en sursis ?

Cette confrontation interne au sein de la majorité présidentielle crée une situation inédite. L’absence de Pastef dans l’équipe gouvernementale fragilise l’action publique, selon plusieurs analystes. Afrik.com souligne que « la mise en œuvre du programme présidentiel dépendra de la capacité à maintenir un dialogue avec les députés de Pastef ». Sans leur soutien, l’adoption des réformes promises pourrait devenir un parcours du combattant.

La question de la stabilité politique se pose désormais avec acuité. Comment un exécutif sans base parlementaire solide pourra-t-il gouverner face à un parti majoritaire qui refuse toute collaboration ? La réponse se jouera dans les semaines à venir, entre les couloirs du Palais présidentiel et les mobilisations de rue.

Une rupture, pas une cohabitation

Sahel Tribune insiste sur la particularité de cette crise : « Ce n’est pas une cohabitation classique, mais une rupture au sein même de la majorité ». Le gouvernement de technocrates, sans ancrage parlementaire propre, devra composer avec un parti majoritaire toujours en opposition, tout en faisant face à une mobilisation militante d’envergure.

Les prochains mois seront déterminants : les projets de loi pourront-ils être adoptés ? Les réformes annoncées verront-elles le jour ? Tout dépendra de la capacité des deux camps à trouver un terrain d’entente… ou à s’affronter frontalement.