À N’Djamena, l’ancien Premier ministre Albert Pahimi Padacké a vivement critiqué la centralisation excessive qui freine le développement des provinces tchadiennes. Lors d’une conférence-débat organisée dans l’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’École Nationale d’Administration (ENA), le président du parti RNDT-Le Réveil et sénateur a partagé son analyse sans détour sur l’état de la décentralisation dans le pays.
Une gouvernance locale sous perfusion étatique
Le thème de la conférence, « De la décentralisation dans la dynamique du développement : cas des conseils provinciaux », a attiré un public varié : cadres administratifs, étudiants en sciences politiques et représentants de la société civile. Albert Pahimi Padacké a souligné que, malgré les avancées légales en matière de décentralisation, la réalité reste marquée par une centralité verticale persistante. Selon lui, les conseils provinciaux, bien que créés, sont souvent dépourvus des moyens nécessaires pour agir, restant sous l’étroite tutelle des ministères de la capitale.
Pour le sénateur, cette situation est un frein majeur au développement. « Le Tchad ne peut progresser de manière équilibrée si chaque décision locale doit être validée à N’Djamena », a-t-il martelé. Il a rappelé que la décentralisation offre une opportunité unique de rapprocher les services publics des citoyens, en adaptant les réponses aux besoins spécifiques des territoires.
Les conseils provinciaux : des leviers de développement sous-exploités
Albert Pahimi Padacké a détaillé les atouts d’une administration décentralisée : meilleure gestion des ressources, réactivité accrue face aux crises locales (santé, éducation, infrastructures), et stimulation de l’initiative économique régionale. Pourtant, ces potentialités se heurtent à une réalité administrative opaque. Les provinces tchadiennes, malgré leur potentiel, peinent à obtenir les budgets et les compétences nécessaires pour concrétiser leurs projets.
Le conférencier a pointé du doigt la résistance passive de l’État central, qui conserve jalousement ses prérogatives. « Une décentralisation sans autonomie financière n’est qu’un leurre », a-t-il déclaré, illustrant l’absurdité d’un système où les conseils provinciaux dépendent des subventions arbitraires de la capitale.
Vers une refonte des rapports de pouvoir
Face à ce constat, Albert Pahimi Padacké a appelé à une rupture radicale avec les pratiques centralisatrices. Il a plaidé pour un transfert effectif des compétences et des ressources financières vers les provinces, afin que les élus locaux deviennent de réels acteurs du développement. La conférence a également servi de tribune pour sensibiliser les futurs hauts fonctionnaires de l’ENA, présents dans l’assistance, à l’importance de cette réforme.
Les échanges qui ont suivi ont confirmé l’urgence de cette question. La gouvernance locale, au Tchad, reste un chantier sensible où se jouent à la fois l’efficacité de l’action publique et la stabilité des institutions. Pour Albert Pahimi Padacké, il est temps que l’État tchadien passe des promesses aux actes, en libérant enfin le potentiel des territoires.