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Diomaye Faye et Macky Sall : une rencontre qui divise le Sénégal

La visite prévue de l’ancien président sénégalais Macky Sall, en quête d’appui pour sa candidature à l’ONU, suscite une vive controverse au sein de la société civile et parmi les victimes de la répression politique.

Illustration d'un manifestant sénégalais tenant une pancarte contre la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l'ONU

La venue prochaine de Macky Sall à Dakar, où il compte solliciter le soutien du président Bassirou Diomaye Faye pour sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies, a déclenché une vague de critiques au Sénégal. Pour les familles des victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024, cette rencontre représente une provocation insupportable.

Un passé qui ressurgit

Les associations de victimes, accompagnées par des défenseurs des droits humains, rappellent l’inaction persistante des autorités actuelles. Seydi Gassama, porte-parole d’Amnesty International Sénégal, souligne l’absence de justice pour les familles des victimes présumées des exactions commises sous le régime de Macky Sall.

« Le retour de Macky Sall au Sénégal n’est pas en soi un problème, mais la rencontre entre les deux présidents envoie un message désastreux, déclare-t-il. Bassirou Diomaye Faye, qui avait promis de faire de la justice une priorité, n’a engagé aucune procédure judiciaire ni versé d’indemnités aux familles des victimes. Comment peut-il soutenir aujourd’hui un homme directement responsable de ces drames ? »

Des promesses non tenues

Lors de sa campagne, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la réparation des victimes une promesse centrale. Pourtant, plus de deux ans après son accession au pouvoir, aucun procès n’a été ouvert et les indemnisations promises restent largement symboliques. Les collectifs de victimes dénoncent cette inertie et exigent des actes concrets.

Les organisations de défense des droits humains partagent leur indignation. Pour elles, la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU est incompatible avec son héritage politique, marqué par des violations graves des droits humains.

Manifestation à Dakar en février 2023 contre le report de l’élection présidentielle, avec des débris et un manifestant masqué

Les enjeux politiques derrière la polémique

Les responsables de l’Alliance pour la République (APR), parti de Macky Sall, minimisent les critiques. Selon eux, les accusations portées par les victimes sont disproportionnées et relèvent davantage de la stratégie politique que de la justice.

Assane Samb, analyste politique, met en lumière les implications stratégiques de cette rencontre. Il évoque la possibilité d’une alliance entre le nouveau parti de Bassirou Diomaye Faye et les forces politiques traditionnelles, dans le but de contrer l’influence du Pastef, parti d’Ousmane Sonko.

« En se distanciant du Pastef, Diomaye Faye cherche à bâtir une coalition solide, explique-t-il. Cette rencontre avec Macky Sall pourrait servir de levier pour consolider une opposition commune contre le mouvement du Pastef, qui reste une force majeure dans le paysage politique sénégalais. »

Une visite aux conséquences multiples

À ce jour, ni la présidence sénégalaise ni le Pastef n’ont officiellement réagi à l’annonce de la visite de Macky Sall, une première depuis son départ du pouvoir en avril 2024. Sa candidature à l’ONU, soutenue par le Burundi en tant que président tournant de l’Union africaine, avait déjà été rejetée par une vingtaine d’États africains fin mars, dont le Sénégal.