Le discours prononcé par Sa Majesté Mohammed VI à l’occasion du 27ᵉ anniversaire de son accession au Trône, le 29 juillet 2026, s’impose comme un texte politique chargé de symboles. Dans un contexte régional marqué par des tensions persistantes, le Souverain a choisi de mettre en avant une vision de stabilité et de continuité, tout en dressant un bilan économique ambitieux pour le Royaume. Pourtant, derrière cette façade de prospérité affichée, une question centrale reste en suspens : celle de l’imputabilité des échecs accumulés au fil des décennies.
Une communication royale axée sur les réussites
Le Roi a choisi de présenter son discours sous le signe de la confiance et de l’optimisme, insistant sur la capacité du Maroc à traverser les crises grâce à une stratégie nationale solide. Il a notamment souligné que ses choix politiques ne relevaient pas du hasard, mais d’une vision à long terme et d’un suivi rigoureux des réformes. « Mon objectif n’a jamais été de rechercher la gloire personnelle, mais de servir au mieux les intérêts du pays », a-t-il affirmé, rappelant ainsi sa vision d’un leadership au service de la nation.
Parmi les chiffres mis en avant, on retient un taux de croissance de 4,9 % en 2025, une position de premier exportateur automobile en Afrique, ainsi qu’un secteur touristique en pleine expansion, avec près de 20 millions de visiteurs cette année-là. Le Souverain a tenu à préciser que ces acquis dépassent les mandats gouvernementaux, les présentant comme le résultat d’une dynamique collective et cumulative, fruit de décennies de décisions stratégiques.
Le paradoxe de la responsabilité politique
C’est précisément ici que réside le paradoxe. En attribuant les succès à une vision royale intemporelle, le discours semble placer la responsabilité au sommet de l’État. Pourtant, cette logique soulève une interrogation légitime : si la stratégie est la clé des performances, comment expliquer la persistance de défis sociaux et économiques après 27 ans de règne ?
Le texte insiste sur la stabilité institutionnelle et appelle à une responsabilité partagée entre les différentes branches du pouvoir. Cependant, cette approche holistique du pouvoir rend difficile la répartition claire des responsabilités. Le Roi a évoqué une autocritique constructive, mais celle-ci est restée implicite, sans jamais être explicitement associée aux échecs ou aux insuffisances.
Un nouveau cycle politique sous le signe de la continuité
Le discours de 2026 ne clôt pas le débat sur les responsabilités ; il l’ouvre en annonçant l’avènement d’un nouveau cycle politique après les prochaines élections législatives. Ce cycle devra, selon le Souverain, s’inscrire dans la préservation des acquis tout en poursuivant les réformes engagées. Une stratégie qui confirme la ligne directrice actuelle, sans annoncer de rupture majeure.
En définitive, ce discours apparaît comme une tentative de consolider la légitimité politique du parcours marocain. En s’appropriant le récit des succès passés tout en réclamant la confiance pour l’avenir, le Roi laisse en suspens une question fondamentale : qui doit rendre des comptes pour les zones d’ombre de ces 27 années ?