Éducation au Mali : 2 400 écoles fermées, des conséquences durables pour les familles et l’économie
À Bamako, l’ouverture officielle de l’année scolaire 2026-2027, proclamée « Année de l’éducation et de la culture » par le général Assimi Goïta, contraste douloureusement avec la réalité du terrain. Plus de 2 400 établissements scolaires restent portes closes, privant plus de 730 000 enfants d’instruction. Cette situation, qui touche plus d’une école sur cinq, a des répercussions profondes sur les familles, l’économie locale et l’ensemble de la société malienne.
Des conséquences immédiates pour les familles et les enfants
Pour des centaines de milliers de foyers, la fermeture des écoles signifie d’abord un bouleversement du quotidien. Les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, souvent exposés aux risques de recrutement par des groupes armés. Les parents, en particulier les mères, doivent réorganiser leur vie pour pallier l’absence d’école, ce qui pèse sur leurs activités économiques. À long terme, c’est tout le capital humain du pays qui est fragilisé : une génération entière risque de grandir sans les compétences de base nécessaires pour contribuer au développement du Mali.
Un marché du travail amputé de ses forces vives
L’économie malienne, déjà éprouvée par des années de crise, subit de plein fouet cette pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les secteurs qui dépendent d’une population éduquée — administration, santé, agriculture moderne, petit commerce — voient leurs perspectives s’assombrir. Dans les régions de Kidal, Ménaka, Gao, Mopti ou Bandiagara, où les taux de fermeture atteignent respectivement 84 %, 52 % et dépassent souvent 30 %, l’activité économique locale tourne au ralenti. Les enseignants, lorsqu’ils ne sont pas contraints à l’exil, perdent leur gagne-pain, alimentant un chômage massif et une précarité croissante.
L’emprise terroriste : une géographie du renoncement
La carte des écoles fermées dessine les contours d’un État qui perd pied. Dans le Grand Nord, l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) impose sa loi dans de vastes zones désertiques, prélevant la zakat et interdisant toute éducation « occidentale ». Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, contrôle de larges portions du Centre, notamment la région de Mopti, où il impose des blocus et ferme les écoles républicaines sous peine d’exécutions. Dans le Sud et l’Ouest, jadis épargnés, des cellules dormantes étendent leur influence, ciblant les routes et les approvisionnements, ce qui étrangle progressivement l’économie de la capitale.
Une insécurité qui gagne du terrain
Les attaques spectaculaires contre l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire de Bamako en septembre 2024 ont démontré que la menace ne se limite plus aux zones rurales. Cette insécurité croissante décourage les investissements, freine les échanges commerciaux et pousse les populations à se déplacer, aggravant la pression sur les villes et les services publics. Pour les acteurs économiques, l’incertitude devient un frein majeur à toute planification.
Les revers d’une stratégie militaire et ses retombées
La junte au pouvoir a misé sur un virage géopolitique radical : départ des forces françaises de l’opération Barkhane, retrait de la MINUSMA, rupture de l’accord de paix d’Alger, et rapprochement avec la Russie et le groupe Africa Corps (ex-Wagner). Malgré la reprise de Kidal fin 2023, les Forces armées maliennes et leurs alliés russes se sont enlisés dans des conflits coûteux. La défaite de Tinzaouatène à l’été 2024 a révélé les failles du dispositif. Loin de sécuriser le pays, cette approche a provoqué des représailles terroristes qui ont étendu le conflit vers le centre et le sud, avec des conséquences directes sur la vie des citoyens et l’activité économique.
Un coût humain et social qui s’alourdit
Les déplacements massifs de populations, les blocus économiques et la fermeture d’écoles créent un cercle vicieux : moins d’éducation, moins d’opportunités, plus de recrutement par les groupes armés, et donc plus d’insécurité. Les régions du Centre, comme Niono ou Djenné, subissent des blocus réguliers qui asphyxient le commerce et l’agriculture. Dans le Sud, les attaques contre les convois de carburant et les axes routiers menacent l’approvisionnement de Bamako, avec des répercussions sur les prix et la disponibilité des biens essentiels.
Quelles perspectives pour l’« Année de l’éducation » ?
Alors que les discours officiels célèbrent la « refondation », le droit à l’éducation recule dramatiquement. Chaque école fermée est une victoire pour les groupes obscurantistes, qui trouvent dans cette jeunesse désœuvrée un terreau de recrutement. Pour les familles maliennes, l’horizon reste sombre : sans école, les enfants perdent non seulement un savoir, mais aussi un avenir. L’« Année de l’éducation » proclamée à Bamako risque de se transformer en nouvelle année blanche pour des centaines de milliers de petits Maliens, au milieu du fracas des armes.
