Un comité d’experts relance le dialogue entre Niamey et Cotonou

Les tensions entre le Bénin et le Niger, marquées par la fermeture de leur frontière depuis 2023, pourraient enfin connaître un dénouement. Un comité conjoint d’experts a présenté ses conclusions, proposant des avancées sur les plans sécuritaire, juridique et économique. Malgré ces progrès, Niamey impose trois conditions jugées essentielles pour valider l’accord, ce qui pourrait retarder sa mise en œuvre définitive.

Le président béninois Romuald Wadagni et le général nigérien Abdourahamane Tiani lors d'une rencontre à Niamey en juin 2026

Cette fermeture prolongée a eu des conséquences économiques et humaines dramatiques pour les deux nations. Le Niger, pays enclavé, dépend à 70 % du corridor béninois pour ses importations, tandis que le Bénin voit ses revenus douaniers et son rôle de plateforme logistique régionale s’effriter.

Trois exigences nigériennes pour rouvrir durablement la frontière

Niamey a posé des préalables stricts avant d’envisager une réouverture définitive. Premièrement, un accord formel de défense et de sécurité doit être signé, garantissant une non-agression mutuelle et l’engagement de ne pas servir de base arrière à des actions hostiles. Une clause considérée comme classique, mais rendue nécessaire par le contexte de méfiance actuel.

Pour Régis Hounkpè, directeur exécutif d’InterGlobe Conseils, cette condition est un impératif : « Le Bénin et le Niger doivent s’engager à ne pas se déstabiliser mutuellement. Cela relève du bon sens, mais dans le contexte actuel, cela prend une dimension exceptionnelle. L’application concrète de cet engagement sera déterminante. »

Deuxièmement, les autorités nigériennes réclament la création d’une cellule conjointe de renseignement pour échanger en temps réel sur les menaces terroristes et les trafics transfrontaliers. Une mesure saluée par l’analyste comme une avancée majeure : « Cette collaboration permettra de renforcer la confiance et de sécuriser les échanges, au bénéfice des deux pays. »

Enfin, Niamey exige une totale transparence sur la présence de forces étrangères près de la frontière béninoise. Une question sensible qui touche à la souveraineté : « Le Bénin est libre de ses partenariats militaires, qu’ils concernent la France, la Chine ou d’autres pays, à condition de ne pas les utiliser pour menacer le Niger. » Régis Hounkpè rappelle que « aucun intérêt ne justifie d’attiser les tensions au-delà des frontières. »

Un corridor vital pour l’économie sahélienne

La fermeture de la frontière a paralysé un axe commercial essentiel. Le Niger, privé d’accès à la mer, a vu ses coûts logistiques exploser de 30 à 50 %. L’oléoduc Niger-Bénin, long de près de 2 000 km, a vu ses flux suspendus, privant Niamey de recettes pétrolières cruciales. Pour l’AES (Alliance des États du Sahel), ce blocage complique l’approvisionnement en carburant, matériaux de construction et denrées alimentaires.

Du côté béninois, les droits de transit ont chuté, et le port de Cotonou souffre d’une congestion accrue. Les entreprises logistiques et les commerçants subissent des pertes estimées jusqu’à 60 % dans certains secteurs. Les flux se sont redirigés vers le Togo et le Nigeria, menaçant la position régionale du Bénin.

Tuyaux de l'oléoduc Niger-Bénin dans la région de Gaya, Nigeria

Des populations en première ligne

Les populations des deux côtés de la frontière paient le prix fort. À Malanville (Bénin) et Gaya (Niger), les marchés ont vu leur fréquentation chuter de moitié. Les prix des denrées de base ont flambé, et certaines communautés sont désormais isolées. Les familles séparées par la fermeture subissent des conditions de vie précaires, tandis que les coûts des traversées en pirogue, plus dangereuses, ont explosé.

La contrebande et les rackets se sont développés, alimentant un climat d’insécurité. Pourtant, les deux États ont tout intérêt à renouer des liens économiques, comme l’a souligné Régis Hounkpè : « Les présidents sont condamnés à collaborer. La géopolitique doit céder la place à la survie économique et logistique. »

Vers une réouverture progressive ?

Le dialogue relancé début juin par le président béninois Romuald Wadagni, lors d’une visite à Niamey, a permis l’émergence d’un comité d’experts. Une réouverture partielle de la frontière, avec des contrôles renforcés, pourrait être envisagée pour les marchandises prioritaires. Une avancée qui, selon l’analyste, pourrait inspirer d’autres pays de la région.

Régis Hounkpè se dit « confiant » : « Les dirigeants doivent mettre de côté leurs divergences idéologiques pour se concentrer sur l’essentiel : la stabilité économique, la sécurité et la lutte contre le terrorisme. »