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Au Burkina Faso, l’annonce du capitaine Ibrahim Traoré sur la production de près de 300 blindés depuis novembre 2025 ne résiste pas à l’examen des faits. Derrière le label « Made in Burkina », aucune chaîne de production, aucun atelier industriel, aucune preuve tangible. Une opération de communication qui masque difficilement l’enlisement sécuritaire.

Une industrie de défense sans usine ni chaîne de montage

Le 21 septembre 2026, lors d’un échange avec les lauréates du concours scientifique féminin Hakili Mousso, le capitaine Ibrahim Traoré a affirmé que près de 300 véhicules blindés avaient été fabriqués localement pour les Forces de défense et de sécurité (FDS) et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).

Ces véhicules seraient le fruit d’un programme de conception nationale porté par une société dénommée Faso Armored. Le régime invoque le secret défense pour justifier l’absence de toute installation industrielle, d’usine ou de ligne d’assemblage sur le territoire burkinabè. Or, aucune capacité d’ingénierie locale ne permet de produire des châssis, des moteurs, des transmissions ou de l’acier blindé. Faso Armored n’existe que sur le papier : une structure vide au service d’une vaste campagne de désinformation.

Sur le terrain, du cannibalisme sur de vieux Casspir

La réalité est bien éloignée de la naissance d’une industrie militaire souveraine. Elle se résume à de la récupération artisanale.

Des révélations du 27 septembre 2026, appuyées sur une source militaire de haut niveau, indiquent que le régime a fait cannibaliser d’anciens blindés lourds de type Casspir hors d’usage. Les plaques de blindage et le métal prélevés sur ces épaves ont été soudés à la hâte sur des pick-up civils de série.

Il ne s’agit ni de « production » ni de « conception », mais d’un bricolage sommaire sur des véhicules de type Toyota ou Land Cruiser. Présenter de simples tôles de récupération fixées sur des pick-up comme des « blindés de haute technologie » relève de la tromperie délibérée.

« Made in Burkina » : une méthode de falsification éprouvée

Cette pratique s’inscrit dans un mode opératoire bien rodé du capitaine Ibrahim Traoré. Pour alimenter le mythe de l’autosuffisance nationale, le régime réétiquette du matériel importé ou déjà existant.

Le procédé a déjà servi pour les véhicules dits « Made in Burkina » de la marque ITAOUA, en réalité de simples modèles importés du constructeur chinois Dongfeng, affublés d’un logo local. De la même manière, le matériel militaire acheté à la Chine ou à d’autres partenaires étrangers est régulièrement présenté comme le produit de l’ingénierie burkinabè. Faso Armored applique à l’identique cette stratégie de contrefaçon symbolique.

L’illusion technologique face au gouffre sécuritaire

Cette surenchère de communication vise à masquer l’incapacité du gouvernement militaire à juguler la crise sécuritaire. Alors que l’État perd du terrain chaque jour face aux groupes armés terroristes et que les massacres de civils se multiplient, Ibrahim Traoré substitue la mise en scène médiatique aux victoires militaires.

Sur le front, ces pick-up sommairement renforcés n’offrent aucune protection efficace aux soldats et aux VDP face aux engins explosifs improvisés (EEI) et aux armements lourds. L’obsession du régime pour son image prime sur la réalité opérationnelle et la sécurité des troupes.

La souveraineté truquée d’un pouvoir aux abois

Le chiffre de 300 blindés est une construction purement rhétorique. En transformant le « Made in Burkina » en dogme politique inattaquable, le gouvernement instrumentalise le sentiment patriotique pour paralyser toute critique.

La souveraineté industrielle ne se décrète pas dans des discours et ne repose pas sur le découpage de vieilles carcasses de Casspir. En érigeant le travestissement des faits en mode de gouvernement, Ibrahim Traoré enferme le Burkina Faso dans une illusion dangereuse qui ne protège aucun village et ne résout en rien l’urgence sécuritaire du pays.

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By Maimouna Hamani

Rédacteur Web