À une semaine d’un bouleversement politique attendu, les négociations laissent place à l’heure des comptes. La date limite du 27 juin 2026 pour se conformer à la nouvelle législation sur les partis politiques approche, et la plupart des formations affirment avoir satisfait aux exigences.
Pourtant, l’écart reste grand entre les déclarations et la réalité : en avril, seulement une dizaine de partis sur les 104 enregistrés avaient déposé un dossier complet. Le ministère de l’Intérieur rendra son verdict le 27 juin, jour où le paysage politique gabonais pourrait être profondément remodelé.
Adoptée suite aux recommandations du Dialogue national inclusif d’avril 2024, la loi n° 016/2025 vise à « assainir » le champ politique. Finie l’ère des micro-partis, souvent critiqués comme des coquilles vides ou des « partis mallettes ». Désormais, un parti doit être une véritable machine de guerre politique structurée pour exister.
Les conditions sont sévères et imposent une représentativité nationale sans précédent : 10 000 adhérents réels, identifiés par leur Numéro d’Identification Personnelle (NIP), répartis équitablement sur les neuf provinces gabonaises. S’ajoutent à cela un siège social physique, un compte bancaire dédié, des statuts actualisés et une transparence financière renforcée sous la supervision de la Cour des comptes.
Le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a répété avec fermeté que le délai ne sera pas prolongé. Les partis non conformes risquent une dissolution automatique.
Ce séisme législatif se justifie par un constat partagé par les acteurs du dialogue national : un pays de moins de trois millions d’habitants ne peut supporter une fragmentation politique de 104 formations, souvent réduites à des structures familiales sans ancrage national réel. Entre résignation et résistance, les acteurs se positionnent.
Face à cette échéance fatidique, les réactions sont contrastées dans le microcosme politique. « Cette réforme ne nous fait pas peur », lance Joachim Mbatchi, président du Front pour la défense de la République (FDR), y voyant une opportunité pour les partis faibles de se rassembler en « grands ensembles ».
Théophile Makita Nyembo, vice-président d’Ensemble pour le Gabon, assure que son parti, fondé par l’ancien Premier ministre Alain Claude Bilie By Nzé (actuellement détenu), est déjà en conformité. « Nous remplissons toutes les conditions prévues par la loi », affirme-t-il, rappelant que la réforme s’applique surtout aux nouvelles formations. Mais le ton monte chez les critiques, qui dénoncent une manœuvre visant à étouffer l’opposition.
Alors que le couperet est sur le point de tomber, une intervention du président de la République devant le Parlement a semé le trouble. Il a exprimé des réserves sur les modifications apportées aux recommandations du Dialogue national, tout en insistant : « les décisions prises par les Gabonais doivent être respectées ».
Cette sortie a provoqué la colère de Francis Aubame, président du Parti Souverainistes-Écologistes (PSE). « Je pense qu’on est dans la manipulation politique », s’emporte-t-il. « Je suis étonné que le Président oublie qu’il a signé un décret. Il demande aux parlementaires de revenir sur celui-ci. Mais le dialogue national n’est pas la conférence nationale souveraine. Les députés sont libres de leur vote », a-t-il martelé, dénonçant une ingérence dans le travail législatif.
Entre disparition et renouveau : quel avenir pour le multipartisme ? La question est sur toutes les lèvres : combien de partis survivront à cette cure de jouvence administrative du 27 juin ? Selon certains décomptes récents, seuls quatre partis (dont l’UDB et le PDG, majoritaires) auraient pour l’instant déposé des dossiers complets. Les autres, pris dans une course contre la montre pour rassembler 10 000 adhérents via le NIP, risquent de disparaître purement et simplement.
Si le gouvernement assure vouloir privilégier la « qualité » du débat démocratique contre la « quantité » des formations, de nombreux observateurs et éditorialistes y voient un recul inquiétant de l’espace démocratique. La nouvelle loi impose aussi une obligation de performance électorale : tout parti qui s’abstient de présenter des candidats lors de deux scrutins consécutifs perd automatiquement son statut.
Le 27 juin prochain, le ministère de l’Intérieur rendra son verdict. Ce jour-là, le Gabon saura s’il entre dans une ère de politique apaisée et structurée, ou s’il assiste à l’enterrement d’un certain pluralisme. Ce sera la fin annoncée d’une époque où la création d’un parti relevait parfois de la simple formalité.