Gabon : l’exigence de résultats après un milliard de francs cfa investis dans l’eau et l’électricité

Libreville, lundi 22 juin 2026 – La gestion des services essentiels au Gabon, à savoir l’eau et l’électricité, suscite désormais des interrogations majeures au plus haut sommet de l’État. Pour la première fois depuis le début de la transition, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti présidentiel fondé par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, adresse une critique publique et sans équivoque à la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG).
Derrière cette mise en demeure se cache une problématique cruciale : comment justifier l’injection de près d’un milliard de francs CFA dans ce secteur en trois ans, sans que les Gabonais ne perçoivent d’amélioration tangible ?
Dans un communiqué aux accents particulièrement fermes, le cabinet politique dirigé par Jean-Pierre Oyiba pointe du doigt les défaillances persistantes d’un opérateur censé garantir deux services vitaux à la nation. Une prise de parole qui révèle l’exaspération grandissante des citoyens face à une situation devenue insupportable.
Une crise aux conséquences multiples
Les Gabonais subissent au quotidien les conséquences de cette crise : coupures de courant répétées, délestages prolongés, pénuries d’eau dans plusieurs quartiers de Libreville et dans de nombreuses localités de l’intérieur du pays, ainsi que des infrastructures obsolètes et des retards dans les projets de modernisation.
L’UDB rappelle que l’État a pourtant mobilisé des moyens financiers exceptionnels pour relancer ce secteur stratégique. Ces fonds devaient permettre la rénovation des installations, l’augmentation des capacités de production, la modernisation des réseaux de distribution et l’accès universel à une eau potable de qualité.
Pourtant, malgré ces investissements massifs, les résultats restent en deçà des promesses.
L’impact économique est lourd de conséquences : les entreprises doivent recourir à des groupes électrogènes coûteux, les commerces enregistrent des pertes importantes, et les familles voient leur quotidien se dégrader. Dans un contexte où le Gabon cherche à renforcer son attractivité régionale, la fiabilité des services énergétiques et hydriques constitue un levier essentiel pour attirer les investissements et dynamiser l’activité économique.
La gouvernance de la SEEG sous le feu des projecteurs
Le communiqué de l’UDB ne se contente pas de dénoncer les dysfonctionnements. Il soulève une question fondamentale : celle de la responsabilité des dirigeants. Car l’eau et l’électricité ne se résument pas à des prestations commerciales. Elles sont au cœur de la santé publique, de l’éducation, de la sécurité, de la compétitivité économique et de la cohésion sociale.
En pointant l’écart entre les moyens engagés et les résultats obtenus, le parti au pouvoir introduit une dimension rarement évoquée jusqu’ici : celle de l’efficacité managériale. Selon l’UDB, les responsables de la SEEG doivent désormais rendre des comptes et justifier l’utilisation des fonds publics alloués. Une position qui suggère que les difficultés actuelles relèvent davantage d’un problème d’exécution que d’un manque de financements.
Cette prise de position politique est également révélatrice d’une stratégie plus large. Face à la montée des frustrations populaires, l’UDB tente de dissocier la volonté politique de l’État de la gestion opérationnelle de l’entreprise. Le message est clair : les ressources ont été mobilisées, il appartient désormais aux gestionnaires de prouver leur capacité à les transformer en résultats concrets.
Un test décisif pour la transition
Ce dossier dépasse largement le cadre de la SEEG. Depuis août 2023, les autorités de transition ont fait de l’amélioration des conditions de vie des populations leur priorité absolue. Or, peu de sujets impactent autant le quotidien des Gabonais que l’accès à l’eau et à l’électricité.
Ce secteur est devenu un véritable baromètre de la crédibilité de l’État. La question n’est plus tant de savoir combien a été investi, mais pourquoi ces investissements ne se traduisent pas encore par un service à la hauteur des attentes des citoyens.
L’interpellation de l’UDB marque ainsi un tournant. Elle illustre l’épuisement de la patience politique et l’émergence d’une exigence de résultats dans le débat public gabonais.
Reste à savoir si cette pression débouchera sur des réformes structurelles, une refonte de la gouvernance de la SEEG ou encore un changement des équipes dirigeantes.
Car au-delà des déclarations et des bilans financiers, une vérité s’impose : pour les Gabonais, la réponse ne viendra ni des discours ni des chiffres. Elle viendra le jour où l’eau coulera sans interruption dans les robinets et où l’électricité ne sera plus une source d’inquiétude quotidienne.
C’est à cette aune que seront jugés les dirigeants de la SEEG, mais aussi la capacité de la transition à convertir les promesses en réalités tangibles pour la population.