Lors d’un récent Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Prince Epenge, membre du C64, a fermement réfuté les arguments de Christian Lumu, cadre de l’UDPS, concernant une éventuelle révision de la constitution en République Démocratique du Congo (RDC). Pour Epenge, la loi fondamentale congolaise est pleinement opérationnelle et fonctionnelle ; le véritable enjeu réside dans l’homme.

Une contradiction manifeste sur le bilan et la constitution

Prince Epenge a mis en lumière ce qu’il perçoit comme une incohérence dans le discours de l’UDPS. Le parti revendique un bilan positif pour la nation congolaise, tout en critiquant le cadre constitutionnel actuel. Il a rappelé que le rôle essentiel d’une constitution est de « organiser la prise, l’exercice et la transmission du pouvoir », et non de « satisfaire des ambitions personnelles ». Epenge a également reproché à Christian Lumu de ne pas avoir clairement articulé les « réalités » spécifiques qui justifieraient un tel changement constitutionnel.

Le paradoxe de la déclaration de guerre

Concernant l’argument des « procédures lourdes » qui entraveraient une déclaration de guerre rapide, Prince Epenge a cité directement le président Félix Tshisekedi, qui avait lui-même déclaré : « une seule balle, pas deux, une seule et je déclare la guerre ». Il a ironisé sur la possibilité que Christian Lumu puisse être « plus intelligent que son père Félix Tshisekedi », suggérant que le président connaissait les procédures constitutionnelles en vigueur.

Un point crucial de son intervention a concerné l’article 220, un « verrou » garantissant la forme républicaine de l’État. Pour Prince Epenge, toute tentative de modification de cet article ouvrirait la porte à une dérive monarchique. Il a souligné que « dans une république, nul ne peut diriger une portion du pouvoir sans passer par le peuple. Mais dans un royaume, la transmission est d’ordre monarchique ». Il a lancé un avertissement clair : « nous avons toutes les raisons de nous battre jusqu’à notre dernière goutte de sang pour empêcher que la forme républicaine de l’État disparaisse ».

Prince Epenge a résumé sa compréhension de la démarche de l’UDPS en une phrase percutante : « tout le monde a compris que le seul mobile qui pousse l’UDPS à changer la constitution, c’est le maintien au pouvoir de monsieur Félix Tshisekedi ».

La constitution : un compromis historique pour la RDC

Fort de sa formation de politologue à l’Université de Kinshasa, Epenge a défendu la constitution congolaise comme un « compromis » issu des accords de Sun City. Ce texte visait à résoudre des débats de longue date sur la forme fédérale ou unitaire de l’État, ainsi que sur le régime présidentiel ou parlementaire. Il a rappelé que le référendum de 2005 avait été adopté « à 61% des voix, avec un taux de participation de plus de 84% ». Il a également pointé une incohérence en notant que « l’Union sacrée est fondée à 80% par d’anciens belligérants », alors même qu’ils jugent le bilan positif mais la constitution mauvaise.

Félix Tshisekedi

Dans la partie la plus incisive de son intervention, Prince Epenge a mis Christian Lumu au défi de citer des dispositions précises de la constitution qui entraveraient la gouvernance ou le développement. Il a demandé : « qu’il me donne cinq articles, précisément, qui empêchent monsieur Tshisekedi de donner de l’eau aux Congolais, de donner de l’électricité […] cinq articles qui empêchent Félix Tshisekedi de déclarer la guerre […] cinq articles de la constitution qui empêchent monsieur Tshisekedi de donner les bourses aux étudiants ».

Il a également dénoncé des pratiques de gouvernance qu’aucun texte ne saurait, selon lui, inspirer : « quand l’argent entre dans les caisses de l’État […] partageons d’abord entre nous et les miettes au peuple. Est-ce que c’est la constitution qui a inspiré ces gens, une telle mafia ? »

Un avertissement contre la balkanisation

En conclusion, Prince Epenge a qualifié la démarche de l’UDPS de « suicidaire, fratricide » et a averti qu’elle risquait la « balkanisation du pays ». Il a souligné qu’une révision constitutionnelle à chaque alternance transformerait la RDC en un pays « avec une nouvelle constitution chaque cinq ans, chaque dix ans ». Il a fait référence aux « treize parlementaires » qui, sous Mobutu, avaient dénoncé la concentration des pouvoirs, ainsi qu’au cardinal Mossengo affirmant en 2016 que « les médiocres dégagent ». Son message final était clair : « la constitution congolaise est opérationnelle, elle est fonctionnelle. Le problème, c’est l’homme. »