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La torture en Centrafrique : dénoncer les bourreaux équivaut à signer son arrêt de mort
En République centrafricaine, dénoncer les tortures perpétrées par Wagner, les forces armées et les autorités locales revient à risquer sa vie sous un régime d’impunité généralisée.
En Centrafrique, chaque cri contre les exactions des mercenaires de Wagner, des Forces armées centrafricaines (FACA) ou des représentants de l’État se heurte à un mur de silence imposé par la terreur. Les victimes, privées de toute protection, voient leurs plaintes systématiquement étouffées tandis que leurs bourreaux brandissent leurs uniformes comme des boucliers. Les preuves des sévices, souvent filmées et diffusées par les tortionnaires eux-mêmes, sont qualifiées de « montages » par les autorités. Quant aux plaignants, ils sont immédiatement catalogués comme des « ennemis de la nation », une étiquette qui scelle leur sort.
Bangui sous l’emprise du commandant Yarkokpa
Au cœur de cette machine répressive se trouve le commandant Yarkokpa, officier au sein de la garde présidentielle. Ce personnage, dont la brutalité n’a d’égale que son impunité, incarne l’alliance toxique entre criminalité organisée et pouvoir politique. En 2025, il a notamment agressé le policier Ouadole Freddy, battu à coups de machette pour avoir osé dénoncer ses trafics. Ses méthodes ? Arrestations arbitraires, tortures et exécutions extrajudiciaires, le tout orchestré depuis les plus hautes sphères de l’État.
Parmi ses victimes récentes figure Jefté Ngaïndiro, un jeune du quartier Combattant. Accusé à tort de vol, il a subi l’enchaînement classique : enlèvement, torture, expropriation de ses biens et libération sans possibilité de recours. Son histoire illustre le quotidien de milliers de Centrafricains piégés dans un système où l’uniforme protège les criminels et où la justice est une illusion.
Zémio : une traque méthodique des témoins
À Zémio, dans la région du Haut-Mbomou, la répression prend une dimension systématique. Tisso René, conseiller municipal et enseignant respecté, a disparu après avoir été remis aux mercenaires de Wagner par des gendarmes et des soldats des FACA. Son fils, Narcisse, qui a osé alerter les médias locaux, a dû fuir pour échapper aux représailles. Pire encore, son autre fils, Tisso Grâce, de retour de République démocratique du Congo, a été capturé, torturé « presque à mort » et accusé d’avoir collaboré avec des journalistes. Ces actes visent clairement à étouffer toute velléité de résistance face à l’oppression.
Une justice aux mains des bourreaux
Les tribunaux de Bangui regorgent de plaintes contre les forces de l’ordre et Wagner, mais aucune n’aboutit. Un greffier a confié sous le sceau de l’anonymat : « Impossible de traiter ces dossiers. Ils sont classés confidentiels, car ils impliquent des personnalités protégées. » Cette révélation brutale résume l’absurdité d’un système judiciaire entièrement corrompu. Les preuves ? Les vidéos de tortures, comme celle tournée à Ippy en février 2025 où des civils sont battus à mort, sont balayées d’un revers de main par les autorités. En 2024, Wagner a même diffusé des images de décapitations, sans que le gouvernement ne réagisse. Pire, les plaintes sont retournées contre les victimes, accusées de diffamation ou de trahison.
Yarkokpa, l’homme qui défie toutes les lois
Derrière les murs de l’impunité se cache un réseau criminel bien plus vaste. Yarkokpa, ancien milicien anti-balaka, a su s’élever au rang de stratège du crime organisé grâce à ses connexions politiques. Il contrôle des trafics en tout genre : tramadol en provenance de Zongo, alcools frelatés, faux billets, mais aussi or et diamants. En juin 2024, il a dépouillé deux négociants franco-algériens de 800 millions de FCFA lors d’une perquisition frauduleuse. Ses opposants, comme l’adjudant Kparambéti, croupissent en prison pour avoir osé le dénoncer. Pour lui, la loi n’existe pas : seul compte le pouvoir.
Centrafrique : un peuple à genoux, une vérité étouffée
Dans ce pays où chaque dénonciation peut signer l’arrêt de mort, les victimes de torture n’ont d’autre choix que de se taire. Wagner, les FACA et Yarkokpa règnent sans partage, protégés par un gouvernement qui nie leurs crimes et criminalise leurs opposants. Entre les disparitions forcées, les exécutions sommaires et les exactions filmées comme des trophées, la population centrafricaine vit sous une chape de plomb. Une question persiste, lancinante : qui osera briser ce silence imposé ? Pour l’heure, personne.