Un sommet ouest-africain sous tension géopolitique
Freetown, capitale de la Sierra Leone, accueille ce dimanche le 69ᵉ sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Une rencontre marquée par une absence notable : celle du Mali, du Niger et du Burkina Faso, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel. Ces trois pays, qui ont quitté l’organisation en 2023, laissent la Cédéao face à un défi de taille : redéfinir son avenir sans eux.
L’Alliance des États du Sahel, un partenariat qui s’affirme
Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Cédéao n’est pas une simple formalité. Ces trois nations, confrontées à des défis sécuritaires communs, ont choisi de tourner la page en créant une alliance régionale autonome. Leur absence à Freetown soulève une question cruciale pour les dirigeants ouest-africains : comment envisager l’avenir d’une organisation amputée de ses membres les plus peuplés et stratégiques ?
Pourtant, malgré cette scission, les réalités géographiques et économiques imposent une coopération minimale. Les échanges commerciaux, la libre circulation des personnes et la lutte contre le terrorisme transfrontalier restent des enjeux qui concernent tous les États de la région.
Un expert en géopolitique ouest-africaine, qui souhaite rester anonyme, analyse : « La Cédéao doit désormais composer avec une nouvelle donne. L’Alliance du Sahel n’est pas une menace, mais une réalité à intégrer. Les défis sécuritaires, climatiques et sanitaires ne connaissent pas de frontières. Il faut trouver un terrain d’entente, même minimal, pour préserver la stabilité régionale. »
La Force en attente de la Cédéao : un projet toujours en suspens
Parmi les sujets récurrents des sommets de la Cédéao, celui de la Force en attente revient avec insistance. Annoncée il y a plusieurs années comme une réponse aux crises sécuritaires, cette force régionale peine à se concrétiser. Pourtant, son déploiement est plus que jamais nécessaire face à la montée des groupes armés dans le Sahel.
Cette semaine, les responsables de la sécurité des États membres se sont réunis à Freetown pour accélérer les discussions. Michel Ange Bangoura, représentant guinéen à la Cédéao, confirme l’urgence : « Sur le plan institutionnel, tout est prêt. Il ne manque plus que les moyens financiers et logistiques. Chaque pays doit contribuer au moins d’une compagnie pour que cette force devienne une réalité. »
Interrogé sur une date de déploiement, il se veut optimiste : « Les discussions en cours pourraient aboutir à un déploiement rapide. Un pays hôte sera probablement désigné dans les prochaines semaines pour accueillir l’état-major de cette force. »
Réformer la Cédéao pour retrouver sa crédibilité
La Cédéao traverse une période de turbulence. Plusieurs coups d’État récents dans la région ont ébranlé sa crédibilité. Pour y répondre, les dirigeants ouest-africains devront aborder des réformes institutionnelles profondes lors de ce sommet.
L’organisation doit se réinventer pour redevenir un acteur incontournable de la stabilité en Afrique de l’Ouest. Entre tensions géopolitiques, défis sécuritaires et crises politiques, le chemin s’annonce semé d’embûches. Mais les responsables présents à Freetown savent qu’une chose est sûre : sans une Cédéao forte et unie, c’est toute la région qui en paiera le prix.