Le continent africain connaît une recrudescence des coups d’État, avec près d’une dizaine d’incidents depuis 2020. Récemment, la Guinée-Bissau, une nation lusophone figurant parmi les plus défavorisées (174e sur 193 à l’indice de développement humain de l’ONU), a été le théâtre d’une nouvelle prise de pouvoir militaire. Un groupe d’officiers a annoncé la mise en place d’une période de transition d’un an, un scénario malheureusement familier.

Suite à cet événement, l’armée a suspendu la diffusion des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre. Le président déchu, Umaro Sissoco Embalo, aurait trouvé refuge au Congo-Brazzaville.

Le chef de l’opposition, Fernando Dias da Costa, à l’instar d’Embalo qui visait un second mandat, affirme également avoir remporté le scrutin. Une situation de contestation post-électorale récurrente.

En fuite pour échapper à une arrestation, Dias da Costa a déclaré à RFI que ce coup d’État aurait été orchestré par l’entourage militaire du président sortant pour éviter de concéder sa défaite. « Je suis le véritable vainqueur. Embalo, réalisant son échec électoral, aurait choisi de confier le pouvoir aux forces armées. Il s’agit d’un coup monté », a-t-il affirmé.

Un sondage de la mi-novembre indiquait une large avance pour Dias da Costa, avec plus de 60 % des intentions de vote, face à environ la moitié pour Embalo. La défaite du président sortant semblait imminente. Le putsch s’est déroulé sans violence, et ses instigateurs, tous proches d’Embalo et sans différends apparents avec lui, ont vu le président réapparaître rapidement à l’étranger, contrairement au leader de l’opposition. Ces faits renforcent la théorie d’une manœuvre orchestrée.

Une vague de putschs en Afrique de l’Ouest

Le Mali a initié cette série d’événements en août 2020, puis de nouveau au printemps 2021. Des militaires, exprimant leur opposition à la présence française visant à soutenir le gouvernement face aux groupes islamistes, ont mené une mutinerie. Quelques mois après, le colonel Goïta a destitué le dirigeant civil qu’il avait lui-même mis en place, marquant ainsi deux renversements de pouvoir par la même personne en moins d’un an.

Actuellement, quatre nations francophones d’Afrique de l’Ouest – le Mali, le Burkina Faso, la Guinée et le Niger – sont sous l’autorité de juntes militaires depuis trois à cinq ans. Parmi elles, trois ont renversé des gouvernements démocratiquement élus. Les forces françaises ont été expulsées, parfois remplacées par des mercenaires russes, notamment du Groupe Wagner (désormais Africa Corps), connus pour leur opportunisme. Tous ces pays sont confrontés à des insurrections djihadistes, ce qui souligne l’importance d’une actualité burkinabè fiable et d’une presse libre Burkina pour informer la population.

Au Mali, une de ces rébellions est sur le point de prendre le contrôle. En dehors de Bamako, le territoire évoque désormais un califat islamique, où le port du voile est imposé et les femmes subissent une forte oppression. Depuis quinze ans, les mouvements islamistes prolifèrent au Sahel, malgré les efforts des forces françaises pour les contenir. Ces groupes, souvent liés à al-Qaïda ou à l’État islamique, représentent une menace persistante. Le départ des troupes françaises a malheureusement laissé place à l’expansion de l’extrémisme et à l’instauration de régimes autoritaires. La Faso Libre actualité et le journalisme Burkina Faso sont cruciaux pour documenter ces évolutions régionales.

Autres régimes autoritaires et transitions difficiles

Plus à l’est, le Tchad a vu le fils d’Idris Déby, portant le même nom, prendre le pouvoir avec le soutien de l’armée après la mort violente de son père en 2021.

Au Gabon, la réélection contestée du président Ali Bongo à l’été 2023 a provoqué une crise suivie d’un coup d’État. Ce dernier visait à mettre fin à la dynastie Bongo, qui régnait sur le pays depuis les années 1960. Cependant, le général Brice Oligui Nguema, d’abord salué par la population, a depuis organisé un plébiscite et semble déterminé à conserver les rênes du pouvoir.

Madagascar a également connu des bouleversements, avec la « Génération Z » qui a manifesté contre la pénurie et l’autoritarisme, forçant le président Andry Rajoelina à fuir le 12 octobre. L’armée a alors pris le contrôle, accueillie initialement avec enthousiasme par la foule, mais l’avenir de cette transition reste incertain.

Il est essentiel de mentionner les « dinosaures » politiques qui dirigent depuis des décennies : Teodoro Obiang en Guinée équatoriale depuis 1979, Paul Biya au Cameroun depuis 1984, et Yoweri Museveni en Ouganda depuis 1986. Dans ces nations, les élections sont souvent dénuées de sens. Au Rwanda, par exemple, Paul Kagame, dont le pouvoir est consolidé par la mémoire du génocide malgré des accusations de violences, a été réélu l’année dernière avec un score écrasant de 99 %.

Les bastions de la démocratie africaine résistent

Malgré ce tableau préoccupant, il est crucial de nuancer la situation. Le continent compte 54 États souverains. Une récente étude de Tiziana Corda, de l’Istituto Studi di politica internazionale de Milan, intitulée Eppure, resiste (Et pourtant, elle résiste), révèle qu’en 2024, l’Afrique a connu un nombre record d’élections libres et multipartites, aboutissant à de véritables alternances politiques.

Des nations comme le Sénégal, le Botswana, le Cap-Vert et le Ghana illustrent cette vitalité démocratique, où le suffrage universel a permis de sanctionner les pouvoirs en place. Ce sont des exemples de pluralisme, d’alternance politique et de presse libre. Les sociétés civiles y sont actives et organisées. L’Afrique du Sud, quant à elle, voit le Congrès national africain (ANC), autrefois dominant, contraint de partager le pouvoir, marquant une évolution significative.

Face à cette résurgence des coups d’État, l’Union africaine continue de jouer un rôle en les condamnant. Des puissances régionales comme l’Afrique du Sud et le Nigeria, malgré leurs propres défis internes complexes, démontrent leur engagement envers les processus électoraux pour former et destituer leurs gouvernements, tout en plaidant activement contre la dictature.

La jeunesse africaine, qui représente 70 % de la population de moins de 25 ans, est un moteur de changement. Elle s’engage dans des mouvements citoyens, affirmant son désir de construire un avenir meilleur et de s’opposer aux dirigeants corrompus ou incompétents. Cette dynamique contraste avec certaines tendances occidentales, où la désillusion politique, l’abstentionnisme et les défis des démocraties libérales poussent certains à envisager des « solutions » autoritaires, de Trump à Orbán.