Détention arbitraire de l’avocate Ini Benjamine Esther Doli au Burkina Faso : condamnation et appel à l’action
BFA 003 / OBS 054
Condamnation arbitraire / Détention abusive
Violation de la liberté d’expression au Burkina Faso
Le 10 novembre 2025, lors d’une audience à huis clos au Tribunal de grande instance de Ouagadougou, Maître Ini Benjamine Esther Doli, avocate et ardente défenseure des droits humains, a été reconnue coupable d’« outrage au chef de l’État » et d’« entreprise de démoralisation des forces armées » selon les articles 352-2 et 312-11 du Code pénal burkinabè. Ces accusations découlent exclusivement de publications diffusées sur son compte Facebook.
une condamnation inique pour des propos légitimes
Le tribunal a prononcé une condamnation sévère à son encontre : une peine d’un an de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de F.CFA (environ 1 525 euros). Maître Doli a immédiatement interjeté appel de cette décision. Parmi les chefs d’accusation initiaux, la charge de « trahison » (article 311-2 du Code pénal) a été abandonnée par le procureur, estimant l’infraction non constituée.
À ce jour, Maître Ini Benjamine Esther Doli reste détenue arbitrairement au quartier féminin de la prison civile de Ouagadougou. Ses droits fondamentaux sont respectés : accès à ses avocats, soutien familial, soins médicaux adaptés. Cependant, sa situation soulève des interrogations majeures sur l’indépendance de la justice et la protection des défenseurs des droits au Burkina Faso.
des publications sur facebook qui ont déclenché la répression
Dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2025, vers 1h30, des individus armés se présentant comme des membres de la gendarmerie nationale ont enlevé Maître Doli à son domicile à Ouagadougou. Peu avant cet enlèvement, elle était rentrée au pays après un voyage professionnel à l’étranger. Son dernier message sur Facebook, publié juste après son atterrissage via Brussel Airlines, a servi de prétexte à sa persécution :
« Feu Thomas Sankara a fait sa révolution, mais nous n’avions rien vu de tout ce qui se passe horriblement aujourd’hui ! Lui au moins, il avait créé des tribunaux populaires pour juger les personnes soupçonnées d’avoir commis des infractions, mais ne se substituait pas à la justice pour faire du n’importe quoi et brutaliser son peuple. »
Ce message, parmi d’autres publications régulières sur sa page Facebook, dénonçait avec véhémence les atteintes aux libertés fondamentales au Burkina Faso. Elle y dénonçait les intimidations, les séquestrations et les enlèvements de citoyen·nes, notamment celles et ceux qui luttent pour la justice et les droits humains. Elle apportait également son soutien aux victimes de violences et de violations des droits fondamentaux.
- Dénonciation des dysfonctionnements judiciaires : lenteurs constantes, entraves à l’autonomie des magistrat·es, manque d’intégrité du système judiciaire burkinabè.
- Revendication de la protection des défenseurs : nécessité de renforcer l’indépendance de la justice et de garantir le droit à un recours effectif.
- Critique des autorités militaires : utilisation des armes achetées par les contribuables pour intimider et museler la population, empêcher la justice de travailler librement.
Le 4 septembre 2025, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso avait été informé de l’ouverture imminente d’une procédure judiciaire à l’encontre de Maître Doli. Le 6 septembre, le procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Ouagadougou avait publié un communiqué officiel annonçant le lancement d’une enquête dès le 4 septembre contre elle, pour des faits présumés de « trahison », « outrage au chef de l’État » et « entreprise de démoralisation des forces armées ».
des arrestations similaires qui confirment une tendance répressive
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains rappelle que Maître Guy Hervé Kam, avocat et défenseur des droits, cofondateur du mouvement citoyen Balai citoyen, a subi une arrestation arbitraire aux mêmes conditions. Le 24 janvier 2024, alors qu’il rentrait d’un voyage professionnel au Bénin, il a été interpellé à l’aéroport international de Ouagadougou par des agents de la Sûreté nationale. Après une libération temporaire, il a été détenu à deux reprises. À ce jour, il reste inculpé et détenu arbitrairement pour des chefs d’accusation de « complot et association de malfaiteurs ».
Cette vague de répression s’inscrit dans un contexte alarmant de musèlement systématique de la société civile, des défenseur·es des droits humains et des journalistes au Burkina Faso. Les autorités militaires au pouvoir dans le pays ciblent particulièrement celles et ceux qui dénoncent les manquements et les dysfonctionnements des institutions militaires.
des enlèvements et disparitions forcées qui se multiplient
Ces derniers mois, plusieurs défenseur·es des droits humains et journalistes ont été victimes d’enlèvements ou de disparitions forcées au Burkina Faso. Parmi eux :
- Amadou Sawadogo, membre actif du mouvement Balai citoyen, porté disparu le 21 mars 2025 avant d’être libéré le 26 mai 2025.
- Miphal Ousmane Lankoandé, secrétaire exécutif du même mouvement, enlevé le 30 mars 2025 et toujours porté disparu.
- Les journalistes Boukary Ouoba, Luc Pagbeguem et Guezouma Sanogo enlevés le 24 mars 2025 ; Boukary Ouoba et Luc Pagbeguem libérés le 17 juillet 2025, Guezouma Sanogo libéré le 21 juillet 2025.
- Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation renommé, directeur de publication du bimensuel L’Événement, le média d’investigation de référence au Burkina Faso, enlevé le 24 juin 2024 et toujours porté disparu.
L’Observatoire condamne avec fermeté la condamnation et la détention arbitraire de Maître Ini Benjamine Esther Doli. Ces mesures semblent exclusivement destinées à la sanctionner pour l’exercice légitime de sa liberté d’expression et ses activités de défense des droits humains.
des appels à l’action pour libérer l’avocate et défendre les droits
L’Observatoire demande aux autorités militaires actuellement au pouvoir au Burkina Faso de :
- Garantir en permanence l’intégrité physique et le bien-être psychologique de Maître Ini Benjamine Esther Doli, ainsi que l’ensemble des défenseur·es des droits humains au Burkina Faso.
- Libérer immédiatement et sans conditions Maître Ini Benjamine Esther Doli et toutes les personnes arbitrairement détenues pour leurs opinions ou leurs activités de défense des droits.
- Ouvrir sans délai une enquête transparente pour identifier les auteurs de son enlèvement, de sa disparition forcée, et ceux responsables des disparitions forcées des autres défenseur·es des droits et journalistes.
- Respecter strictement les libertés fondamentales, en particulier la liberté d’expression et d’association, conformément aux standards internationaux des droits humains auxquels le Burkina Faso est partie.
Ces standards incluent notamment :
- Les Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) des Nations unies.
- Les Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.
- La Constitution et la Charte de la transition du Burkina Faso.
interpeller les autorités militaires du Burkina Faso
Pour faire entendre votre voix, écrivez aux membres des autorités militaires actuellement au pouvoir au Burkina Faso en leur demandant de :
- Capitaine Ibrahim Traore – Président du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSR II) :
Compte X : @CapitaineIb22 - Jean-Emmanuel Ouédraogo – Premier ministre du Burkina Faso :
Compte X : @J_E_Ouedraogo - Edasso Rodrigue Bayala – Ministre de la Justice, des Droits humains, chargé des Relations avec les institutions, Garde des Sceaux :
Email : [email protected]
Compte X : @BayalaEdasso - Jean Marie Karamoko Traore – Ministre des Affaires Étrangères, de la Coopération Régionale et des Burkinabè de l’Extérieur :
Email : [email protected]
Compte X : @JeanMarieTraore - Commission nationale des droits humains du Burkina Faso :
Email : [email protected]
Compte X : @BurkinaCndhX
Pensez également à contacter les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs pour renforcer l’impact de votre action.