Sur les écrans de smartphone, jeunes et moins jeunes se concentrent avec une intensité proche de celle des terrains de football traditionnels. Au Sénégal, le eFootball, ce football virtuel accessible via mobile, a connu une croissance fulgurante. Le jeu, développé par le studio japonais Konami, séduit une génération entière de passionnés, transformant une simple distraction en une discipline structurée et compétitive. À Dakar, l’engouement pour cette pratique dépasse désormais celui des jeux sur console, devenant un véritable phénomène culturel et sportif.

l'entraîneur Ibzo et ses joueurs sénégalais en pleine séance de préparation sur eFootball à Dakar

Des centaines de jeunes, comme Mohamed, 17 ans, parcourent des kilomètres pour rejoindre Dakar. Originaire de Saint-Louis, ce passionné de football virtuel voit dans le eFootball bien plus qu’un simple jeu : une opportunité de carrière. « C’est un plaisir, mais aussi une compétition intense », confie-t-il. « On se challenge sans cesse, et l’avantage, c’est que ça ne nécessite pas un matériel coûteux. Un smartphone avec 3 Go de RAM suffit. Les consoles sont bien trop chères pour beaucoup d’entre nous. » Avec des milliers de joueurs talentueux et motivés, le Sénégal se positionne comme une place forte du eFootball en Afrique de l’Ouest.

Ibrahima Diop, alias Ibzo, sélectionneur de l’équipe nationale sénégalaise d’eFootball, incarne cette nouvelle génération d’entraîneurs. Sous sa direction, l’équipe a réalisé une performance historique en mars 2026 en atteignant la première place du classement africain. Un exploit qui confirme le potentiel du pays dans cette discipline. « Le eFootball est en train de révolutionner le sport au Sénégal », explique-t-il. « Il permet à des jeunes de s’épanouir, de se structurer, et même de rêver à une carrière professionnelle. »

des défis à relever pour une discipline en plein essor

Malgré cette dynamique positive, les joueurs sénégalais font face à des obstacles majeurs. Le premier concerne la connexion internet. « Le problème des serveurs est criant », souligne Ibzo. « En Afrique, il n’y a qu’un seul serveur, situé en Afrique du Sud. La latence est un véritable frein. » Une passe envoyée peut mettre plusieurs secondes à s’exécuter, une situation désavantageuse face à des adversaires mieux connectés. Par ailleurs, l’absence de monétisation des contenus sur des plateformes comme TikTok limite les opportunités de revenus pour les joueurs locaux, contrairement à leurs homologues européens ou américains.

Pour pallier ces difficultés, Ibzo a créé son propre club et s’appuie sur la Fédération sénégalaise des sports électroniques (Fesseda), fondée en 2024. « Nous avons lancé les e-navétanes, des compétitions locales inspirées des navétanes traditionnelles, pour offrir à un maximum de jeunes l’opportunité de s’exprimer », précise El Hadji Mansour Jacques Sagna, président de la Fesseda. « Ces tournois permettent de structurer la filière et de détecter les talents. »

La fédération a également annoncé la création prochaine d’un centre d’analyse et de performance dédié au eFootball, installé au stade Léopold-Sédar-Senghor. Ce projet vise à accompagner la professionnalisation de la discipline et à offrir aux joueurs les outils nécessaires pour performer à l’international.

Avec des ambitions claires et une communauté grandissante, le Sénégal pourrait bien devenir un acteur clé du eFootball sur le continent africain. Entre passion, défis techniques et volonté de structuration, cette discipline est en train de s’imposer comme un pilier du sport numérique en Afrique de l’Ouest.