Littoral Fidjrossè-Ouidah : ce que la nouvelle autorité change déjà dans les esprits

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La création d’une Autorité pour l’Aménagement des Bassins de la zone de Fidjrossè à Ouidah suscite déjà des réactions contrastées. Entre espoir d’un développement maîtrisé et crainte de voir les zones humides sacrifiées, les acteurs locaux attendent des actes. Tour d’horizon des retombées et des perspectives.

Un corridor sous tension : les raisons d’une décision attendue

Sur la côte sud du Bénin, l’axe Fidjrossè-Ouidah concentre les ambitions touristiques du pays. La Route des Pêches, projet emblématique, a transformé le paysage : routes, assainissement, aménagements paysagers et infrastructures touristiques ont modifié le visage de ce littoral. Mais cette modernisation a un coût. La pression foncière s’intensifie et les zones humides, essentielles à la régulation des eaux, reculent.

Le gouvernement béninois a donc décidé de reprendre la main. Objectif : encadrer l’occupation anarchique du domaine public naturel et prévenir les inondations à répétition. Une décision qui répond à une urgence, mais qui soulève aussi des attentes fortes.

Ce que prévoit concrètement la nouvelle structure

L’Autorité pour l’Aménagement des Bassins de la zone de Fidjrossè à Ouidah aura des compétences étendues. Elle devra coordonner la planification territoriale, la protection de l’environnement, l’aménagement urbain et paysager, mais aussi le développement touristique et la gestion durable du littoral.

Son périmètre couvrira les zones sensibles et humides entre Fidjrossè et Ouidah. Elle complète le dispositif de la loi de 2018 sur la protection et la mise en valeur de la zone littorale, qui avait déjà instauré la Cellule nationale de Protection et de Gestion du Littoral.

Érosion et submersion : des menaces à traiter

Au-delà des inondations pluviales, le littoral est exposé à l’érosion côtière et à la submersion marine. La nouvelle Autorité devra participer à la mise en œuvre d’ouvrages et de mesures pour limiter ces risques, en collaboration avec les administrations compétentes. Elle surveillera aussi la qualité environnementale du secteur et encadrera les rejets et pollutions.

Une attention particulière sera portée au cordon dunaire et aux écosystèmes côtiers, dont la préservation conditionne la durabilité des aménagements.

Urbanisation : un contrôle renforcé

La structure devra faire respecter les règles d’urbanisme et les cahiers des charges. Elle contrôlera les occupations du sol et veillera au respect des normes architecturales spécifiques au littoral. Point crucial : son avis conforme sera nécessaire avant toute autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime et lagunaire. De quoi renforcer le contrôle sur un territoire où les usages se multiplient.

Tourisme et zones humides : un équilibre à trouver

La création de cette Autorité ne remet pas en cause le développement touristique. Il s’agit, selon le gouvernement, de mieux l’organiser. La structure examinera les projets d’infrastructures touristiques, balnéaires, culturelles et récréatives. Elle coordonnera aussi les activités commerciales, artisanales et sportives sur la bande côtière.

L’enjeu : faire cohabiter tourisme, loisirs, urbanisation et protection de l’environnement. Un défi de taille pour la Route des Pêches, vitrine du développement touristique béninois.

Le privé mis à contribution

Pour financer et exploiter les équipements, le gouvernement mise sur le partenariat public-privé. La nouvelle Autorité devra favoriser ces collaborations pour mobiliser des investissements. Une orientation qui intervient alors que le Bénin cherche à renforcer son attractivité.

Mais la réussite dépendra de la capacité des autorités à empêcher que l’urbanisation ne fragilise les espaces naturels qu’elle prétend valoriser.

Réactions et prochaines étapes

Les statuts de l’Autorité ont déjà été approuvés en Conseil des ministres. Le ministre du Cadre de Vie et du Développement durable doit maintenant organiser sa mise en place avec les autres ministères concernés.

Pour les riverains, les agriculteurs et les investisseurs, les attentes sont grandes. Les uns espèrent une protection efficace contre les inondations, les autres craignent des restrictions foncières. Les organisations environnementales, elles, appellent à ne pas sacrifier les zones humides sur l’autel du béton.

Le corridor Fidjrossè-Ouidah devient un laboratoire grandeur nature de l’équation entre croissance urbaine et préservation du littoral. La manière dont cette Autorité exercera ses compétences sera scrutée de près. Car au-delà des textes, c’est sur le terrain que se jouera la crédibilité de cette nouvelle gouvernance.

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