Après avoir restreint les espaces de libre expression et réduit au silence les voix critiques, les autorités de transition au Mali s’attaquent désormais à un levier fondamental : l’autonomie financière des citoyens. Historiquement, les systèmes autoritaires cherchent à verrouiller non seulement les idées, mais aussi les moyens de subsistance, afin d’assurer une emprise totale sur la société.
Une volonté d’encadrement aux allures de contrôle politique
Le récent lancement de la « Charte des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) » illustre cette tendance. Si le discours officiel vante une structuration nécessaire du secteur privé, l’initiative ressemble davantage à une manœuvre pour encadrer politiquement la liberté d’entreprendre. Ce nouveau cadre réglementaire permettrait au pouvoir en place d’étendre son influence sur un tissu économique jusqu’ici largement autonome.
Le secteur informel dans le viseur du pouvoir
Au Mali, l’économie informelle représente le socle de survie pour plus de 90 % de la population, particulièrement pour les jeunes et les femmes. Pour un régime centralisateur, cette sphère échappant aux registres étatiques est perçue comme une zone d’ombre à dissiper. En imposant des labels et des critères de classification rigides, l’État ne cherche pas uniquement la transparence, mais aussi à instaurer un système de clientélisme.
À l’avenir, l’obtention de financements, l’accès à la commande publique ou la simple autorisation d’exercer pourraient devenir conditionnels à une forme d’allégeance. Ce mécanisme transforme l’outil économique en un instrument de pression politique, où le silence devient le prix de la survie commerciale.
Les véritables défis économiques occultés
Malgré les discours sur l’émergence économique, les problèmes structurels demeurent sans réponse. Les entreprises maliennes font face à deux obstacles majeurs :
- L’instabilité énergétique : Les coupures d’électricité incessantes paralysent la production.
- L’accès restreint au crédit : Les taux d’intérêt et la frilosité bancaire étouffent l’investissement.
Plutôt que d’investir dans les infrastructures de base, les autorités privilégient la multiplication des cadres administratifs. Cette approche masque une incapacité à résoudre les crises qui asphyxient réellement les entrepreneurs locaux.
L’indivisibilité des libertés
L’expérience montre que la confiscation des droits politiques conduit inévitablement à celle des droits économiques. En limitant la capacité des citoyens à subvenir à leurs besoins de manière indépendante, le régime tente de supprimer le dernier rempart d’autonomie individuelle au Mali. Cette centralisation excessive, loin de favoriser la croissance, risque d’aboutir à une fragilisation durable de l’initiative privée et à un appauvrissement généralisé.