Un tournant stratégique. Lundi soir, à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Mali, le général Assimi Goïta a opéré un virage à 180 degrés dans sa communication. Face à une recrudescence sans précédent des attaques jihadistes, le chef de l’État malien a simultanément annoncé un renforcement de la lutte contre les groupes armés terroristes et lancé un appel au dialogue et à la « réconciliation entre frères maliens ». Une double annonce qui sonne comme une rupture dans la gestion du conflit.
Un appel au dialogue sous fond d’insécurité persistante
Dans une allocution radiotélévisée, Assimi Goïta a réaffirmé sa volonté de défendre l’intégrité territoriale et l’unité nationale du Mali, tout en se disant ouvert au dialogue. « Tout en demeurant ouvert au dialogue et à la réconciliation entre frères maliens, notre volonté ferme de défendre l’intégrité de notre territoire et l’unité nationale reste intacte », a-t-il déclaré. Le chef de l’État a également promis un renforcement de la lutte contre les groupes armés jihadistes, alors que les forces maliennes font face à une multiplication des attaques. « Dans ce contexte, la lutte contre l’insécurité et les groupes armés terroristes va se renforcer davantage », a-t-il ajouté.
Plus de 100 soldats tués à Dioura : un revers majeur
Cette allocution intervient après plusieurs attaques meurtrières contre les forces maliennes. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a revendiqué ou été accusé de plusieurs opérations contre des positions militaires. Le 10 septembre, une attaque contre le camp de Dioura, dans le centre du Mali, a fait plus de 100 morts parmi les soldats maliens, selon les informations disponibles. Plusieurs dizaines d’autres militaires ont également été faits prisonniers. Cette attaque particulièrement meurtrière constitue un nouveau revers pour l’armée malienne, engagée depuis plusieurs années dans la lutte contre les groupes jihadistes.
Hommage aux soldats et coopération renforcée avec la Russie
Dans son discours, Assimi Goïta a rendu hommage aux militaires tombés au combat et salué leur sacrifice pour la défense de la patrie. Il a également réaffirmé sa volonté de renforcer les capacités de l’armée malienne, évoquant la poursuite de la coopération avec la Russie, devenue le principal partenaire stratégique de Bamako depuis le retrait progressif des forces françaises et de plusieurs partenaires occidentaux. Le Mali célèbre ce mardi 22 septembre le 66e anniversaire de son indépendance, dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, alors que les groupes jihadistes continuent de mener des attaques contre les forces de sécurité et cherchent à étendre leur influence dans plusieurs régions du pays.
Une stratégie à double tranchant
Ce tournant stratégique intervient à un moment charnière. D’un côté, Assimi Goïta cherche à rassurer une population éprouvée par des années de violences et à redorer l’image d’une armée en difficulté. De l’autre, l’ouverture au dialogue avec des groupes jihadistes, si elle se concrétise, pourrait constituer une rupture majeure dans la doctrine militaire malienne. Reste à savoir si cette approche à double volet permettra de sortir le Mali de l’ornière ou si elle ne fera qu’accentuer la confusion sur le terrain.
