L’armée malienne face à l’épreuve de la réalité : quand les échecs transforment le discours en questionnement

Le Mali d’Assimi Goïta se trouve aujourd’hui à un carrefour inédit. Entre les promesses de souveraineté affichées et les revers militaires répétés, la stratégie sécuritaire du régime est plus que jamais soumise à l’épreuve des faits. Les attaques de Dioura et de Tabrichat, ainsi que les assauts coordonnés ayant atteint Kati, ne sont plus de simples incidents isolés : ils dessinent une tendance lourde. La question n’est plus de savoir si l’armée manque de courage, mais de comprendre pourquoi ses échecs, de plus en plus visibles, persistent malgré les changements d’alliances et les annonces de reconquête. Une remise en cause des choix stratégiques s’impose, à l’heure où les conséquences humaines et opérationnelles deviennent insoutenables.

Dioura, Tabrichat, Kati : trois revers qui révèlent les failles du dispositif

Le 10 septembre 2026, l’attaque du camp militaire de Dioura a marqué un tournant tragique. Revendiquée par le JNIM, cette offensive a coûté la vie à plus de 100 soldats maliens et à cinq membres du contingent russe d’Africa Corps. Au-delà du bilan humain, la perte du camp et l’abandon massif de matériel et d’armes soulignent un échec opérationnel majeur. Les assaillants, selon leurs revendications, auraient également capturé 93 militaires, bien que ces chiffres restent à confirmer.

Quelques semaines plus tôt, le 18 juillet, un convoi malien était pris dans une embuscade à Tabrichat, sur l’axe Anéfis-Bourem. Les combats ont laissé au moins 50 militaires tués, tandis que des vidéos ont documenté l’exécution sommaire d’au moins 19 soldats capturés. Ces images, analysées par des observateurs indépendants, ont révélé des pratiques contraires au droit international, posant la question cruciale de la protection des combattants et du respect des conventions de guerre.

Enfin, le 25 avril 2026, une série d’attaques coordonnées a touché des cibles symboliques : Kati, ville-garnison à proximité de Bamako, Bamako elle-même, Gao, Mopti et Sévaré. Parmi les victimes, le ministre de la Défense Sadio Camara a trouvé la mort. Ce dernier assaut, ciblant le cœur du dispositif militaire malien, a confirmé une vulnérabilité alarmante : des groupes armés parviennent désormais à frapper des positions stratégiques, malgré leur proximité avec la capitale.

Les soldats, boucs émissaires d’une stratégie à réévaluer

Face à ces revers, des voix s’élèvent pour pointer du doigt le courage des troupes. Pourtant, une telle analyse occulte l’essentiel : une armée ne triomphe pas sans moyens, sans renseignement fiable, sans soutien logistique, sans chaîne de commandement efficace. Les militaires maliens, engagés sur le front, ne décident ni des doctrines, ni des déploiements, ni des alliances. Ils en subissent les conséquences.

Les unités encerclées, les convois pris au piège, les soldats capturés puis exécutés : ces scènes ne sont pas le fait d’un manque de détermination, mais bien d’un système qui peine à anticiper, protéger et réagir. À Dioura comme à Tabrichat, les images des combats révèlent une réalité crue : les promesses politiques ne suffisent pas à garantir la sécurité des hommes envoyés au front.

Assimi Goïta et la souveraineté militaire : le pari risqué d’un changement d’alliance

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le régime d’Assimi Goïta a fait de la souveraineté militaire un pilier de sa légitimité. La rupture avec les partenaires occidentaux et le rapprochement avec la Russie, matérialisé par la présence d’Africa Corps, devaient symboliser cette nouvelle ère. Pourtant, en 2026, le JNIM et le Front de libération de l’Azawad (FLA) continuent de frapper avec une intensité sans précédent, démontrant que le changement d’alliance n’a pas endigué la pression jihadiste.

Certes, une guerre aussi complexe et ancienne ne saurait être réduite à la seule responsabilité d’un homme. Mais Assimi Goïta, en tant que chef suprême des armées, porte une part de la responsabilité des résultats obtenus. Les défaites militaires successives, les pertes humaines et matérielles, ainsi que l’incapacité à protéger les soldats et les positions clés, interrogent sur l’adéquation entre les choix stratégiques et les réalités du terrain.

Pourquoi les échecs s’accumulent-ils ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation. D’abord, la question du renseignement. Les attaques coordonnées de Kati ou la maîtrise de l’axe Anéfis-Bourem par les groupes armés suggèrent une faille dans la collecte et l’analyse des informations. Ensuite, la logistique. Les convois pris en embuscade, comme à Tabrichat, révèlent des lacunes dans le ravitaillement et la protection des troupes en mouvement. Enfin, la doctrine militaire. Les changements d’alliance ont-ils été accompagnés d’une adaptation des tactiques, ou les forces maliennes restent-elles prisonnières de schémas dépassés ?

La réponse à ces interrogations ne relève pas seulement de l’expertise technique. Elle touche à l’essence même de la politique sécuritaire du pays : comment concilier souveraineté, efficacité et protection des combattants ?

L’armée malienne peut-elle encore se relever ?

La question n’est pas rhétorique. Elle est urgente. Une armée qui perd des camps, des soldats et des ministres ne peut plus se contenter de discours. Elle doit impérativement revoir sa stratégie sous trois angles :

  • Le renseignement : sans une meilleure connaissance du terrain et des mouvements ennemis, les positions seront toujours vulnérables.
  • La logistique : protéger les convois, ravitailler les unités et évacuer les blessés sont des impératifs opérationnels, pas des options.
  • Le moral des troupes : quand un soldat sait qu’il risque d’être capturé, torturé ou exécuté, sa capacité à tenir sa position s’effrite.

Les images des exécutions de Tabrichat, les témoignages des survivants de Dioura et l’assassinat d’un ministre à Kati devraient servir de signal d’alarme. Elles rappellent une vérité simple : une armée ne se mesure pas à la force de ses discours, mais à sa capacité à protéger ses hommes et à garantir leur sécurité.

La souveraineté, un objectif plus lourd que les promesses

Assimi Goïta a fait de la souveraineté militaire un marqueur de son mandat. Pourtant, les défaites successives montrent que la souveraineté ne se décrète pas : elle se construit. Elle exige des moyens, une vision claire, une exécution rigoureuse et une remise en cause permanente. En 2026, le Mali paie le prix de choix stratégiques qui, jusqu’à présent, n’ont pas suffi à inverser la tendance.

Les soldats maliens méritent mieux que des slogans. Ils méritent une stratégie à la hauteur des défis. Le temps des comptes n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

By Maimouna Hamani

Rédacteur Web