Les motos de grosse cylindrée, notamment celles de 125 cm³ et plus, sont désormais interdites de circulation en dehors des grandes agglomérations maliennes pour une durée d’un an renouvelable. Cette mesure, prise par le gouvernement de transition, vise à limiter la mobilité des groupes armés terroristes. L’importation, le transit, la vente et la distribution de ces engins à deux roues sont également suspendus sur l’ensemble du territoire pour la même période. La décision suscite un certain scepticisme au sein de la population, en particulier dans les zones rurales.

L’annonce a été faite par arrêté interministériel à la télévision nationale en début de mois. « La circulation des motocyclettes de cylindrée de 125 m³ et plus hors des grandes agglomérations est suspendue sur toute l’étendue du territoire national », a-t-il été déclaré. Le district de Bamako, les chefs-lieux de région, de cercle et d’arrondissement sont considérés comme de grandes agglomérations.

Pouvoir d’adaptation

Toutefois, les gouverneurs de région disposent d’un pouvoir d’adaptation ou d’interdiction de ces motos dans les chefs-lieux de cercle, en fonction du contexte sécuritaire local.

Un habitant du cercle de Bandiagara, dans le centre du pays, a témoigné sous couvert d’anonymat. Selon lui, l’application de cette mesure sera difficile dans sa localité. « Oui, ce sera difficile car dans le pays dogon, ces motos sont adaptées à notre environnement. Nous vivons dans des zones montagneuses avec des routes escarpées. Elles sont d’une grande utilité. Que ce soient nos FAMa, les acteurs humanitaires ou nous les paysans, tout le monde les utilise. Les motos de grosse cylindrée remplacent même les ambulances pour transporter les malades vers les centres de santé », explique-t-il.

Inquiétudes

À Mopti, toujours dans le centre, les propriétaires de motos de grosse cylindrée affichent leur inquiétude. Ils utilisent régulièrement ces engins pour se rendre dans les villages voisins et mener leurs activités agricoles, pastorales ou de pêche.

Un autre habitant de Mopti salue quant à lui la suspension pour des raisons de sécurité, mais s’inquiète des conséquences. « Nous passons de village en village chaque jour pour nos activités. Depuis l’annonce, la plupart d’entre nous ont déposé leurs motos. Moi, je livrais du pain à plusieurs habitants des villages éloignés de Mopti », témoigne-t-il.

Les motos de grosse cylindrée sont utilisées par les groupes armés pour se déplacer facilement sur le territoire et mener des attaques terroristes. Mais elles servent aussi aux populations pour leurs déplacements quotidiens, faute d’alternatives. En avril 2026, une attaque coordonnée d’envergure contre plusieurs villes a été menée par les djihadistes du Jnim et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA).

Cette mesure sécuritaire radicale témoigne de la gravité de la crise au Mali, mais avec un coût social élevé, selon de nombreux analystes.