Au cœur du Sahel, entre le 4 et le 9 juillet, la localité malienne d’Anéfis a été le théâtre de combats intenses opposant l’armée malienne, épaulée par des éléments russes du groupe Wagner, à des factions armées. Ces affrontements ont donné lieu à une vague de désinformation visant à ternir l’image de l’armée française. Pourtant, Paris a officiellement quitté le territoire malien en août 2022. Les auteurs de ces infox ont tenté de faire croire à une implication française aux côtés des rebelles du Front de libération de l’Azawad et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.
Une fausse information née dans l’immédiateté des combats
Dès la fin des affrontements les plus violents à Anéfis, une première publication trompeuse a été détectée sur X (ex-Twitter). Les auteurs ont exploité une information vérifiée concernant la mort d’un militaire français, le sergent Pena, décédé accidentellement lors d’exercices dans les Alpes le 7 juillet. L’état-major français avait alors rendu hommage à ce légionnaire d’origine russe. Les comptes pro-AES ont immédiatement rebondi en suggérant, sans preuve, que ce soldat aurait pu périr au Mali : « d’autres hypothèses circulent, notamment une possible mort à Anéfis au Mali ». Une tentative grossière de détourner l’attention et de semer le doute.
Le lendemain, une photo macabre a été partagée en ligne, présentée comme la preuve de la mort du soldat français à Anéfis. On y voyait un militaire blanc, gisant dans le sable, ressemblant étrangement au portrait officiel du sergent Pena diffusé par l’armée française. Les manipulateurs ont exploité cette ressemblance physique et l’origine russe du légionnaire pour alimenter la confusion et discréditer l’armée française auprès de l’opinion publique.
Un mercenaire russe, pas un soldat français
Les spécialistes du Sahel contactés ont rapidement identifié ces images comme des clichés pris après la bataille de Tinzaouatène, survenue deux ans plus tôt dans le nord du Mali. Une recherche inversée a permis de retrouver la même photo, mais cette fois présentée comme celle d’un mercenaire russe tué lors de cet affrontement. Impossible de vérifier cette allégation, car l’image provient d’un forum anonyme où les publications restent non sourcées et non vérifiables.
L’analyse d’une vidéo de propagande de six minutes, publiée en 2025 par le Front de libération de l’Azawad à l’occasion du premier anniversaire de la bataille de Tinzaouatène, a confirmé cette hypothèse. Les captures d’écran de cette vidéo montrent le même corps, disposé de manière similaire, aux côtés d’autres dépouilles de combattants russes. Les détails des tenues militaires, des visages et des positions des corps corroborent cette identification.
Cette infox repose donc sur une image sortie de son contexte : il s’agit d’une photo d’archive montrant des membres du groupe Wagner tués à Tinzaouatène en 2024, et non d’un soldat français prétendument retrouvé à Anéfis en 2026.
Une manipulation qui n’a pas pris
La narrative selon laquelle les militaires français seraient complices des groupes terroristes n’est pas nouvelle. Cependant, cette tentative de manipulation a montré ses limites. Elle s’est cantonnée aux comptes habituels de la propagande sahélienne et n’a été que peu relayée. Plusieurs utilisateurs ont d’ailleurs dénoncé ces tentatives de désinformation dans les commentaires. Ce manque d’adhésion reflète peut-être l’érosion progressive de ces récits, répétés en boucle depuis quatre ans sans jamais apporter de preuves tangibles.
À ce jour, la publication n’a pas dépassé les 50 000 vues, selon nos estimations. Pourtant, cette tentative d’usurpation d’identité d’un militaire français décédé en service et cette atteinte à sa mémoire constituent une violation grave de l’éthique journalistique et une atteinte à la vérité.