Une région du Mali sous haute tension

Dans la région de Ségou, au centre du Mali, l’atmosphère reste particulièrement tendue depuis le début du mois d’octobre. Les Forces armées maliennes (FAMA) et des milices alliées, notamment les dozos, ont été accusées d’exactions graves contre des populations civiles, selon des informations recueillies sur place. Ces événements surviennent alors que la région est sous l’emprise du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda.

Deux villages touchés par la violence

Le 2 octobre, des soldats maliens accompagnés de miliciens dozos ont fait irruption dans le village de Kamona. Selon les témoignages recueillis, ils ont exécuté sommairement au moins 21 hommes avant d’incendier une dizaine de maisons. Les villageois, certains pris par surprise, n’ont pas eu le temps de fuir. Les assaillants, reconnaissables à leurs tenues de camouflage pour les militaires et aux amulettes traditionnelles des dozos, ont ciblé principalement les hommes adultes.

Quelques jours plus tard, le 13 octobre, une nouvelle tragédie s’est produite dans le village de Balle, situé à environ 55 kilomètres de Kamona. Cette fois, neuf hommes et une femme ont été abattus, et plus d’une centaine de têtes de bétail ont été volées. Les habitants ont décrit une scène de chaos : des soldats et des miliciens à moto, repérant les hommes de porte en porte avant de les exécuter.

Des exécutions arbitraires et des maisons brûlées

Les victimes, majoritairement des hommes âgés de 20 à 67 ans, ont été retrouvées criblées de balles, certaines avec des membres fracturés. À Kamona, 17 corps ont été découverts sous un arbre, tandis que quatre autres ont été retrouvés plus au nord. Les villageois ont confirmé que les soldats avaient également incendié des huttes et des hangars appartenant à des membres de l’ethnie peule. Un berger de 40 ans, témoin malgré lui, a décrit l’horreur : « Les gens avaient été criblés de balles. L’un d’eux avait la tête complètement fracassée. »

À Balle, une femme de 55 ans a été abattue après avoir interpellé les soldats sur leur comportement violent. Son corps, ainsi que ceux des neuf hommes, ont été retrouvés entassés au cœur du village. Les habitants ont dénoncé le vol de leur bétail, essentiel à leur survie.

Des accusations de collaboration avec les djihadistes

Les autorités maliennes ont justifié ces opérations en les présentant comme des actions de « reconnaissance offensive ». Un communiqué du chef d’État-Major des Armées a évoqué la neutralisation de « terroristes » et la saisie de matériel militaire. Pourtant, les villageois de Balle ont affirmé vivre sous le contrôle du GSIM depuis des années. « Nous payons la zakat chaque année. Les djihadistes règlent les conflits. Il n’y a ni soldats, ni gendarmes ici. L’armée ne fait pas la différence entre eux et nous », a expliqué un habitant.

Un conflit aux conséquences dramatiques

Depuis 2012, le Mali est en proie à des violences récurrentes entre l’armée, les milices et les groupes armés islamistes. Ces affrontements ont déjà fait des milliers de morts parmi les civils et poussé plus de 400 000 personnes à quitter leur foyer. Les exactions documentées impliquent non seulement le GSIM, mais aussi les forces gouvernementales et leurs alliés, qui multiplient les abus en marge des opérations militaires.

Les attaques de ces dernières semaines surviennent dans un contexte où le GSIM maintient un blocus autour de Bamako, privant la capitale de carburant et paralysant les activités socio-économiques. Face à cette crise, la junte militaire a dû fermer temporairement les écoles et universités du pays.

Des violations du droit international

Les opérations menées par l’armée malienne et ses alliés sont en violation flagrante du droit international humanitaire. Les Conventions de Genève interdisent explicitement les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements cruels. Malgré le retrait du Mali de la Cour pénale internationale (CPI) en septembre 2025, le pays reste lié au Statut de Rome jusqu’en 2026. Une enquête sur les crimes présumés commis depuis 2012 est toujours en cours.

L’Union africaine, bien que dotée d’un mandat de promotion de la paix, peine à réagir efficacement. Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA s’est contenté jusqu’à présent de déclarations sans actions concrètes pour endiguer la crise.

Appel à la justice et à la responsabilité

Les atrocités commises dans la région de Ségou soulèvent une fois de plus la question de l’impunité au Mali. Les familles des victimes réclament des comptes et une enquête transparente. « Les autorités doivent mener des investigations crédibles et juger les responsables dans le cadre de procès équitables », ont insisté des observateurs locaux. La situation exige une réponse urgente pour mettre fin à ce cycle de violence et protéger les populations civiles.