Minembwe, 19 juin 2026 — Des affrontements d’une rare violence ont secoué les hauts plateaux des territoires de Fizi et Mwenga, au Sud-Kivu, pendant près d’une semaine. Ces combats ont opposé les combattants Twirwaneho, alliés à la coalition politico-militaire AFC-M23, aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), soutenues par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les milices Wazalendo.
À l’issue de cette période de confrontations intenses, les forces Twirwaneho/M23 déclarent avoir contraint la coalition gouvernementale à se retirer de plusieurs positions cruciales autour de Minembwe. Parallèlement, des témoignages émanant de la population locale et de sources militaires confirment un repli des troupes engagées.
Selon des résidents, l’intensité des combats a atteint son paroxysme, marquée par l’utilisation d’armes lourdes, de drones et de bombardements aériens. Les FARDC, la FDNB et leurs supplétifs se seraient ensuite repositionnés vers Lwiko, Mutunda et Miko, abandonnant ainsi plusieurs points stratégiques périphériques de Minembwe au contrôle des combattants Twirwaneho/M23.
Des civils ayant fui la zone de combat en direction de Kiziba décrivent des scènes de panique généralisée et des déplacements massifs. Plusieurs récits font état de bombardements ayant touché des zones résidentielles, bien qu’aucun bilan indépendant n’ait pu être établi à ce stade.
Les FARDC n’ont pas encore diffusé de communiqué officiel détaillé. Cependant, des sources militaires sur place confirment un repositionnement tactique suite à des affrontements particulièrement rudes dans les secteurs d’Ilundu et de Bidegu.
Des informations non confirmées circulant dans la région suggèrent que des soldats burundais de la FDNB auraient laissé derrière eux du matériel lors de leur retrait vers Kakenge (Miko). Des pertes humaines seraient également à déplorer au sein des FARDC, de la FDNB et des Wazalendo, sans qu’aucun chiffre officiel ne soit disponible.
Revendications et discours de victoire
Du côté des combattants Twirwaneho/M23, le ton est résolument celui de la victoire militaire. Ils affirment avoir repoussé les forces gouvernementales et leurs alliés au-delà de plusieurs lignes de front, consolidant ainsi leurs positions autour de Minembwe.

L’ancien député national congolais Moïse Nyarugabo a salué ce qu’il décrit comme un « recul des forces engagées contre Minembwe ».
« La menace sur Minembwe est écartée. Malgré les bombardements de Soukhoï, des drones et l’artillerie lourde, les forces engagées ont été repoussées au-delà de la rivière Lwiko », a-t-il affirmé.
Selon ses déclarations, les opérations militaires lancées il y a plusieurs mois n’auraient pas réussi à garantir une sécurité durable dans ces hauts plateaux souvent instables.
Il a également accusé la coalition d’être responsable des bombardements ayant entraîné des pertes civiles et des déplacements massifs de populations.
Controverses autour de la présence de la FDNB
La présence de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) aux côtés des FARDC continue de susciter de vives controverses dans la région.
Certaines sources sécuritaires avancent que Kinshasa aurait proposé à Gitega des avantages liés à l’exploitation minière dans la région de Minembwe et d’autres zones du territoire de Fizi en échange de cet appui militaire. Ces allégations n’ont toutefois été confirmées ni par les autorités congolaises, ni par les autorités burundaises.
Les présidents Évariste Ndayishimiye et Félix Tshisekedi ont néanmoins confirmé l’existence d’un accord bilatéral de coopération sécuritaire autorisant l’intervention des forces burundaises sur le territoire congolais. Un rapport du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité indique que plus de 29 000 soldats burundais auraient été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025.
Dans ce contexte, l’armée burundaise a récemment procédé à de nouveaux redéploiements dans la région, sur fond de fortes tensions sécuritaires, notamment après le retrait des rebelles de l’AFC-M23 de la ville stratégique d’Uvira. Cette localité, proche de Goma et des axes reliant l’est congolais au Burundi, avait été occupée pendant près d’un mois entre décembre 2025 et janvier 2026 avant le départ des rebelles.
Plus récemment, des sources locales signalent également que des éléments de l’AFC-M23 se sont retirés de certaines positions dans la plaine de la Rusizi, suite à des pressions internationales, notamment de la part des États-Unis et d’autres partenaires impliqués dans les efforts de désescalade régionale.
AFC-M23 et Twirwaneho au cœur de l’instabilité
Le Mouvement du 23 mars (M23) est aujourd’hui une composante majeure de la coalition politico-militaire Alliance Fleuve Congo–M23 (AFC-M23), dirigée par Corneille Nangaa, ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de la République démocratique du Congo.
Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, cette alliance s’appuie notamment sur le mouvement armé Twirwaneho, principalement composé de jeunes issus de la communauté Banyamulenge.
Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir l’AFC-M23 et ses alliés, des allégations que Kigali rejette systématiquement. Le Rwanda, de son côté, accuse Kinshasa de collaborer avec les FDLR, un groupe armé composé d’anciens responsables hutus impliqués dans le génocide des Tutsis de 1994.
Le Burundi accuse également le Rwanda de soutenir des groupes armés opérant contre son territoire et d’entretenir des ambitions d’influence dans l’est de la RDC. Kigali rejette ces accusations, reprochant à Gitega une collaboration avec les FDLR et d’autres groupes armés actifs dans la région.
Dans ce climat de tensions persistantes, le M23/AFC, un mouvement majoritairement tutsi ayant repris les armes fin 2021 pour dénoncer le non-respect par Kinshasa de ses engagements de réintégration, contrôle ou influence plusieurs zones stratégiques du Nord et du Sud-Kivu, incluant des axes économiques et des localités clés.
Une région toujours sous tension
Malgré de multiples accords régionaux et initiatives diplomatiques visant à apaiser la crise dans l’est de la RDC, les affrontements se poursuivent sans perspective immédiate d’une désescalade durable.
Les hauts plateaux de Fizi demeurent ainsi l’un des foyers les plus instables de la région des Grands Lacs, où les rivalités locales s’entremêlent aux tensions géopolitiques entre Kigali, Kinshasa et Gitega.