Le commandement militaire au Niger a pris la décision, ce vendredi 8 mai, de suspendre les activités d’une dizaine d’organes de presse étrangers. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de prévenir des atteintes à l’ordre public, alors que s’ouvre prochainement le sommet Africa Forward à Nairobi.
Parmi les médias visés par cette interdiction figurent des noms majeurs de l’information internationale : RFI, France 24, l’AFP, TV5 Monde, Jeune Afrique, Mediapart, ainsi que LSI Africa, France Afrique Media et TF1 Info. Selon le communiqué de l’Observatoire national de la communication (ONC) diffusé sur les ondes nationales, ces médias diffuseraient des contenus de nature à fragiliser la cohésion sociale et la stabilité des institutions de l’État.
La mesure, dont l’application est immédiate, concerne tous les vecteurs de diffusion : bouquets par satellite, réseaux câblés, portails web et applications mobiles. Face à ce blocage, l’organisation Reporters sans frontières (RSF) a vivement réagi en exigeant l’annulation de cette décision qu’elle juge arbitraire.
Depuis le changement de régime en juillet 2023, le Niger a multiplié les suspensions médiatiques, touchant déjà la BBC fin 2024. Ce durcissement s’inscrit dans une politique de rupture avec la France, marquée par le départ des troupes françaises et un rapprochement diplomatique avec la Russie, au nom de la souveraineté nationale.
Une pression médiatique croissante dans le Sahel
Le Niger n’est pas un cas isolé dans la région. Son allié au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Burkina Faso, a également suspendu TV5 Monde récemment. Dans le cadre de l’actualité burkinabè, plusieurs autres médias occidentaux ont subi des sorts similaires. Le Mali, troisième pilier de cette confédération, applique une politique identique alors qu’il fait face à des défis sécuritaires majeurs.
Ces trois nations du Sahel seront d’ailleurs absentes du sommet Africa Forward au Kenya. Parallèlement à ces suspensions, la situation du journalisme Burkina Faso et au Niger inquiète les observateurs. Si deux journalistes nigériens, Gazali Abdou et Hassane Zada, ont recouvré la liberté cette semaine, au moins six autres professionnels des médias restent incarcérés à Niamey pour des motifs liés à la défense nationale.
Le recul des libertés est manifeste : en 2026, le Niger a chuté au 120e rang mondial du classement de RSF. Cette dégradation du climat pour la presse libre Burkina et au Niger s’accompagne d’un arsenal législatif plus répressif contre les délits numériques et de la suspension de près de 3 000 organisations non gouvernementales accusées de manque de transparence.