Trois ans. Trois longues années que le Niger s’enfonce dans une impasse politique, économique et sécuritaire sous la direction de la junte militaire arrivée au pouvoir en juillet 2023. Présenté comme un tournant historique destiné à restaurer la souveraineté nationale, le coup d’État devait également permettre de rétablir la sécurité, relancer l’économie et renforcer l’unité du pays. Trois ans plus tard, ces promesses peinent à se concrétiser tandis que le quotidien des Nigériens demeure marqué par les difficultés. Alors que le pouvoir continue de mettre en avant la souveraineté retrouvée et la rupture avec les partenaires occidentaux, une grande partie de la population fait face à une dégradation persistante de ses conditions de vie. L’isolement diplomatique, les tensions régionales et la fragilité économique continuent d’alimenter les incertitudes dans un pays confronté à des défis multiples. L’économie sous pression et un quotidien de plus en plus difficile Les conséquences économiques de cette période se font ressentir dans presque tous les secteurs. Les perturbations des échanges commerciaux avec plusieurs voisins, les difficultés d’approvisionnement, les sanctions qui ont marqué les premiers mois du régime et la baisse des investissements étrangers ont profondément affecté l’activité économique. De nombreuses entreprises ont ralenti leurs activités, certaines ont fermé leurs portes, tandis que les opportunités d’emploi se sont raréfiées. Dans les marchés, les ménages subissent une hausse durable des prix des produits alimentaires, des carburants et de nombreux biens de consommation courante. Pour une partie importante de la population, le pouvoir d’achat continue de s’éroder, rendant chaque mois un peu plus difficile que le précédent. Les collectivités locales, les commerçants et les agriculteurs sont également confrontés à des difficultés de financement, à un accès limité au crédit et à un climat économique marqué par l’incertitude, freinant les initiatives privées et les investissements. Des libertés publiques fortement restreintes Au-delà des difficultés économiques, plusieurs organisations de défense des droits humains dénoncent un rétrécissement progressif de l’espace civique. La société civile évolue dans un climat de forte pression où les critiques à l’égard des autorités peuvent exposer leurs auteurs à des poursuites ou à des arrestations. Les médias indépendants travaillent dans un environnement devenu particulièrement sensible, plusieurs journalistes faisant état d’intimidations ou de restrictions dans l’exercice de leur profession. Les manifestations publiques sont fortement encadrées et les rassemblements politiques demeurent limités, réduisant les possibilités d’expression de l’opposition et des organisations citoyennes. Dans ce contexte, une partie de la population choisit le silence par prudence, tandis que d’autres prennent le chemin de l’exil. Une situation sécuritaire qui demeure préoccupante La lutte contre le terrorisme constituait la principale justification avancée par les militaires lors de leur prise du pouvoir. Pourtant, malgré les réorganisations militaires et les nouveaux partenariats sécuritaires, les attaques attribuées aux groupes armés continuent de frapper plusieurs régions du pays. Les populations vivant dans les zones frontalières restent confrontées aux violences, aux déplacements forcés et aux difficultés d’accès aux services essentiels. De nombreux villages continuent de vivre dans l’insécurité permanente, avec des conséquences importantes sur l’agriculture, l’éducation et les activités économiques. Cette persistance de la menace nourrit les interrogations sur l’efficacité de la stratégie sécuritaire mise en œuvre depuis trois ans. Un discours officiel qui convainc de moins en moins La récente intervention télévisée du général Abdourahamane Tiani, ce samedi, illustre les critiques formulées par une partie des observateurs. Au lieu d’annoncer des mesures concrètes susceptibles d’améliorer rapidement la situation sécuritaire ou économique, le chef de la junte a consacré une large partie de son intervention à dénoncer des menaces extérieures et à mettre en cause des acteurs étrangers. Pour de nombreux analystes, cette communication traduit la difficulté du pouvoir à présenter des résultats tangibles sur les principaux engagements qui avaient justifié le changement de régime. À mesure que les difficultés persistent, une partie de l’opinion publique s’interroge davantage sur les solutions proposées que sur la désignation de responsabilités extérieures. Une gouvernance de plus en plus refermée Le maintien prolongé du régime militaire s’accompagne d’un verrouillage progressif de la vie politique. L’absence de calendrier clair pour un retour à un pouvoir civil entretient les interrogations sur l’avenir institutionnel du pays. Les partis politiques disposent d’une marge d’action réduite et le débat public demeure limité. Cette concentration du pouvoir entre les mains des autorités militaires alimente les inquiétudes de ceux qui craignent un éloignement durable des mécanismes de contrôle démocratique et de la participation citoyenne. Trois ans après, un bilan qui interroge Trois ans après le changement de pouvoir, les attentes suscitées par la transition restent largement confrontées à la réalité des difficultés quotidiennes. L’économie demeure fragile, le coût de la vie continue de peser sur les ménages, les libertés publiques font l’objet de nombreuses critiques et l’insécurité persiste dans plusieurs régions. Pour de nombreux Nigériens, l’enjeu dépasse désormais les discours politiques : il s’agit de retrouver des conditions de vie plus stables, une sécurité durable et des perspectives économiques capables d’offrir un avenir meilleur. Dans ce contexte, les appels à la responsabilité, au dialogue et à des réponses concrètes aux préoccupations de la population continuent de se multiplier.