Ousmane Sonko en passe de diriger l’assemblée sénégalaise
Devant son domicile de la Cité Keur Gorgui, à Dakar, les cris de soutien fusent. Un militant du Pastef-Les Patriotes scande le nom d’Ousmane Sonko, venu apporter son soutien à son leader. Cette scène reflète l’émotion qui parcourt les rangs du parti après le limogeage du Premier ministre, une décision qui a choqué une partie de la base militante.
Nourdine Diallo, un ancien porte-voix du tandem Diomaye Faye-Ousmane Sonko, exprime sa déception. Pour lui, la rupture entre les deux hommes est une trahison des valeurs défendues pendant la campagne. *« Ce n’est pas qu’un slogan, c’était notre engagement, notre foi en cette alliance. Nous avons martelé que Diomaye et Sonko ne faisaient qu’un, qu’ils partageaient une vision commune. Aujourd’hui, cette unité est brisée »*, confie-t-il, amer.
Affrontement politique en vue
Le limogeage d’Ousmane Sonko intervient après une séance parlementaire tendue où ce dernier avait vivement critiqué certaines orientations du président Bassirou Diomaye Faye. Une crise institutionnelle se profile désormais, avec une session parlementaire exceptionnelle prévue aujourd’hui pour trancher deux questions majeures : la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député et l’élection de son successeur à la présidence de l’Assemblée.
Ousmane Sonko, suspendu de son mandat parlementaire pour occuper le poste de Premier ministre, pourrait retrouver son siège et même en devenir le président. Une éventualité qui place le pays face à un scénario inédit : l’opposition, majoritaire à l’Assemblée, pourrait diriger les débats.
Le politologue Malao Kanté analyse cette situation comme un tournant. *« Ousmane Sonko incarne désormais une opposition structurée, mais son ascension au perchoir pourrait déclencher une crise institutionnelle. Une motion de censure contre le prochain Premier ministre n’est pas à exclure. Le Sénégal risque de s’enliser dans un blocage politique »*, avertit-il.
L’opposition crie à l’illégalité
Face à cette dynamique, les responsables du Pastef-Les Patriotes refusent de baisser les bras. Adama Fall, cadre du parti, appelle à dépasser les querelles personnelles pour préserver l’intérêt national. *« L’histoire nous a montré des confrontations similaires, comme entre Mamadou Dia et Senghor. Mais nous sommes une génération différente, déterminée à écrire une nouvelle page »*, déclare-t-il avec conviction.
La démission du président de l’Assemblée, El Hadj Malick Ndiaye, un proche d’Ousmane Sonko, a encore enflammé les tensions. Le groupe parlementaire Takuu Walu a rejeté cette démission, la qualifiant de *« nulle et non avenue »* au regard du règlement intérieur. Aïssata Tall Sall, présidente de ce groupe, accuse Bassirou Diomaye Faye de préparer un *« coup d’État constitutionnel »* et menace de s’attaquer directement au fauteuil présidentiel si rien n’est fait.
Pour apaiser la situation, le président a nommé un nouveau Premier ministre en la personne d’Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, ancien cadre de la BCEAO. Ce dernier a appelé à *« une mobilisation nationale »* pour traverser ce moment critique.