Depuis le début du mois de juin 2026, le Cameroun traverse une période inédite marquée par l’absence prolongée de son président, Paul Biya. Parti pour un « court séjour privé » en Europe, le chef de l’État n’a plus donné signe de vie depuis plus de deux mois. Ce silence prolongé au sommet du pouvoir dépasse désormais le cadre politique : il s’invite dans le quotidien des Camerounais, pesant lourdement sur l’économie et la vie sociale du pays.
Une économie à l’arrêt : marchés en suspens et projets en souffrance
Au Cameroun, le pouvoir repose sur une centralisation extrême où l’autorité présidentielle dicte le tempo des décisions économiques. Cette absence prolongée de Paul Biya crée un effet domino aux conséquences tangibles :
- Des marchés financiers en repli : Les titres de dette camerounaise en dollars subissent une dégradation marquée, affichant l’une des performances les plus faibles du continent africain. Les investisseurs étrangers, privés de visibilité sur la trajectoire politique, adoptent une posture prudente, voire méfiante.
- Des investissements publics et privés en stand-by : Les grands projets d’infrastructure et les partenariats public-privé, qui nécessitent des arbitrages au plus haut niveau, s’enlisent dans les méandres administratifs. Les décaissements budgétaires se font attendre, retardant la mise en œuvre de programmes essentiels.
- Une administration paralysée : Malgré la réforme constitutionnelle d’avril 2026 ayant instauré un poste de vice-président pour éviter les crises de succession, ce dernier reste vacant. Les remaniements ministériels, attendus depuis des semaines, tardent à se concrétiser, maintenant une paralysie des institutions.
Le quotidien des Camerounais sous tension : inflation et inquiétude grandissante
Pour les citoyens, les répercussions de cette vacance du pouvoir sont immédiates et douloureuses :
- La flambée des prix et l’appauvrissement des ménages : Les prix des denrées alimentaires de base et des carburants continuent de grimper, érodant le pouvoir d’achat des foyers. L’absence de mesures correctives aggrave une situation déjà critique.
- Un climat de méfiance et de rumeurs incontrôlables : Le manque de communication officielle alimente les spéculations sur l’état de santé du président et les scénarios de transition. Cette opacité nourrit un sentiment de défiance parmi la population, exacerbant les tensions sociales.
- L’abandon des urgences nationales : Les crises persistantes dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le chômage des jeunes ou encore la dégradation des infrastructures énergétiques et routières peinent à trouver des réponses politiques adaptées.
Un système politique à bout de souffle ?
Cette absence prolongée de Paul Biya agit comme un révélateur des failles structurelles du modèle camerounais. Elle illustre à quel point la concentration des pouvoirs entre les mains d’une seule personne fragilise l’ensemble de l’appareil étatique dès lors que cette personne s’éloigne, même temporairement.
Pour restaurer la confiance des partenaires économiques et apaiser les tensions sociales, une clarification urgente de la gouvernance s’impose. Sans cela, le Cameroun risque de s’enfoncer davantage dans une impasse institutionnelle et économique.