DÉBATS NATIONAUX

Paul Biya : l’absence prolongée du président camerounais alimente les débats

Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) a organisé, ce mercredi, une réunion exceptionnelle de ses cadres dirigeants, quarante-cinq jours après le départ du président Paul Biya pour un séjour en Europe. Aucune annonce officielle n’a été faite concernant son éventuel retour. En réponse aux interrogations croissantes, le parti au pouvoir assure que les institutions fonctionnent normalement, tandis que l’opposition exige des précisions sur la gestion du pouvoir et les dispositifs prévus en cas d’absence prolongée du chef de l’État.

Photographie du président Paul Biya

Jean Nkuete, secrétaire général du comité central du RDPC, a convoqué une « séance de travail majeure », selon un communiqué diffusé ce mercredi. Le document reste muet sur les points abordés ainsi que sur les raisons de cette convocation. Paul Biya, 93 ans, a quitté le Cameroun le 7 juin dernier sous le prétexte d’un « voyage privé en Europe ». Depuis, aucun communiqué officiel n’a indiqué la date prévue de son retour.

Cette absence prolongée suscite des spéculations depuis plusieurs semaines. Le RDPC tente de calmer les inquiétudes. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans L’Action, Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, a réaffirmé que « le pouvoir n’est pas vacant » et que « le Lion n’est pas parti », rejetant ainsi les interprétations évoquant un fonctionnement en « mode automatique ». Les canaux officiels de la présidence continuent de relayer des messages signés par Paul Biya, comme ses vœux adressés à Emmanuel Macron à l’occasion de la fête nationale française ou au président du Monténégro. Aucune activité publique du président n’a été dévoilée depuis son départ.

L’opposition exige des réponses

L’absence prolongée du chef de l’État a ravivé les demandes d’éclaircissements de plusieurs responsables politiques. Le député Jean-Michel Nintcheu a sollicité le Conseil constitutionnel pour qu’il constate une vacance de la présidence. L’Union démocratique du Cameroun (UDC) adopte une position différente. Le parti refuse de spéculer sur la situation personnelle de Paul Biya, tout en soulignant que la continuité de l’État ne peut dépendre du silence ou des rumeurs. Dans un communiqué publié le 18 juillet, il souligne qu’une absence hors du territoire ne constitue pas automatiquement une vacance du pouvoir, mais juge légitime de s’interroger sur l’exercice réel des fonctions présidentielles et sur les procédures applicables en cas d’empêchement temporaire.

Un vide juridique à combler

La Constitution camerounaise ne fixe aucune limite de durée pour une absence du chef de l’État hors du pays. Plusieurs observateurs estiment que cette situation appelle une réflexion institutionnelle, mais aucun texte ne précise à partir de quel délai le Conseil constitutionnel doit intervenir. L’UDC rappelle également que le poste de vice-président, réintroduit lors de la révision constitutionnelle d’avril, reste vacant. Le parti plaide pour une réforme visant à clarifier le cadre légal applicable en cas d’absence prolongée du président. Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya effectue régulièrement des voyages en Europe. Celui entamé le 7 juin est, à ce jour, le plus long de son mandat sans qu’aucune indication officielle n’ait été donnée sur son retour au Cameroun.