Le Cameroun face à un remaniement militaire opéré depuis l’étranger

Paul Biya lors d'une apparition publique au Cameroun en 2026, entouré de responsables et de son épouse Chantal Biya

Le Cameroun traverse une période d’incertitude politique après que le président Paul Biya, 93 ans, a signé plusieurs décrets depuis Genève, où il séjourne depuis deux mois. Ces textes incluent un remaniement partiel de l’armée, une mesure qui intervient alors que son absence prolongée alimente les interrogations sur la stabilité du pays.

Parmi les changements opérés, cinq colonels ont été promus au grade de général de brigade, tandis que des responsables militaires ont été repositionnés à des postes clés. Ces mouvements, bien que fréquents sous l’ère Biya, prennent une dimension particulière dans ce contexte de crise institutionnelle.

Un contexte politique sous haute tension

Cette initiative s’inscrit dans une série de remaniements militaires qui ont marqué le Cameroun ces dernières années. Après le coup d’État au Gabon voisin en 2023, Yaoundé avait déjà renforcé son commandement militaire. Puis, lors de la présidentielle controversée de l’année dernière, Biya avait opéré un nouveau changement des hauts gradés. En juin 2026, d’autres promotions avaient été annoncées au sein des forces de sécurité.

Ces décisions, prises depuis l’étranger, ont suscité des débats en ligne et alimenté les spéculations. Les réseaux sociaux camerounais s’interrogent sur la légitimité de ces actions, alors que le président reste absent du territoire national depuis près de deux mois.

Des questions sur la gouvernance à distance

Le séjour de Paul Biya en Suisse, officiellement présenté comme un « bref séjour privé », a dépassé les 55 jours. Son absence prolongée a ravivé les craintes d’un vide politique, malgré les assurances de son gouvernement. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a affirmé que le chef de l’État travaillait activement depuis Genève et qu’il reviendrait prochainement.

Pourtant, l’opposition et certains observateurs dénoncent un dysfonctionnement institutionnel. Mamadou Mota, vice-président du parti CRM, a critiqué cette gouvernance à distance : « Le pouvoir exécutif doit s’exercer sur le sol national, et non depuis des suites hôtelières à l’autre bout du monde. » Il évoque un « vide institutionnel flagrant » qui fragiliserait la crédibilité du Cameroun.

Santé et transparence : des zones d’ombre persistantes

Les rumeurs sur l’état de santé de Paul Biya, bien que démenties par les autorités, persistent. Le gouvernement a interdit aux médias camerounais de relayer des informations non officielles à ce sujet depuis 2024. Pourtant, les incertitudes entourant son retour alimentent les tensions dans le pays.

Par ailleurs, plusieurs décrets signés depuis Genève ont autorisé le gouvernement à contracter de nouveaux emprunts auprès d’institutions financières internationales. Une démarche qui soulève des questions sur la gestion des affaires publiques en son absence.

Un gouvernement toujours incomplet

Malgré les promesses de Biya après l’élection de l’an dernier, le nouveau gouvernement n’a toujours pas été formé. Le poste de vice-président, créé en avril 2026, reste vacant, renforçant l’impression d’une paralysie administrative. Ces retards alimentent les critiques sur l’efficacité du pouvoir en place.

Alors que le Cameroun affronte des défis sécuritaires et économiques, cette période d’instabilité politique suscite des inquiétudes. Les remaniements militaires, bien que nécessaires pour certains, ne suffisent pas à apaiser les craintes d’un affaiblissement des institutions.