Une décision gouvernementale qui frappe de plein fouet les aviculteurs burkinabè

Les professionnels de la filière avicole au Burkina Faso subissent de plein fouet les conséquences d’une mesure économique controversée. Les ministères du Commerce et des Ressources animales ont imposé un plafond de prix pour l’œuf de poule pondeuse, fixé à 100 F CFA l’unité pour le consommateur final. Les grossistes et détaillants, eux, sont tenus de respecter des tarifs maximaux de 2 600 F CFA le plateau et 2 750 F CFA le plateau respectivement.

Un contrôle des prix déconnecté des réalités économiques

Cette initiative, présentée comme une mesure sociale en faveur du pouvoir d’achat, ignore délibérément la hausse vertigineuse des coûts de production. En effet, l’élevage de poules pondeuses repose en grande partie sur l’acquisition d’aliments pour animaux, ou « provende » (maïs, tourteaux de soja et de coton, minéraux). Or, ces intrants ont vu leurs prix s’envoler ces derniers mois, sous l’effet de l’inflation, de la hausse des coûts logistiques et des déséquilibres d’approvisionnement.

En fixant un prix maximal pour l’œuf sans accompagner cette décision d’un soutien à la production, l’État place les aviculteurs dans une situation intenable. Vendre à perte ou à marge quasi nulle devient la seule alternative pour de nombreux éleveurs, mettant en péril la pérennité de leurs exploitations.

La liberté d’entreprendre sacrifiée sur l’autel de la régulation

Le principe même de la liberté d’entreprendre repose sur la capacité des acteurs économiques à ajuster leurs prix en fonction de leurs coûts et de la demande. Lorsqu’un gouvernement impose des tarifs sans tenir compte des charges réelles des entreprises, il ne régule plus : il étouffe.

Cette ingérence dans la gestion des entreprises privées décourage l’investissement. Pourquoi un entrepreneur investirait-il des capitaux importants dans des infrastructures avicoles, contracterait-il des prêts bancaires ou embaucherait-il de la main-d’œuvre locale, si ses marges bénéficiaires sont systématiquement bridées par des décisions administratives ?

Les risques concrets : pénurie, marché noir et destruction d’emplois

L’histoire économique a maintes fois démontré que le blocage artificiel des prix engendre des effets pervers, souvent contraires aux objectifs affichés. Plusieurs scénarios alarmants se dessinent déjà :

  • La disparition des petits producteurs : Moins armés face aux chocs économiques, les petits aviculteurs seront les premiers à fermer boutique, entraînant la suppression de milliers d’emplois.
  • La réduction des volumes de production : Pour limiter les pertes, les éleveurs pourraient diminuer la taille de leurs cheptels, réduisant ainsi l’offre disponible.
  • L’émergence d’un marché noir : Avec la raréfaction des œufs sur les étals officiels, une économie parallèle se développerait, où le produit se négocierait à des prix bien supérieurs au plafond légal, pénalisant in fine les consommateurs.

Vers une régulation équilibrée et réaliste

Protéger le pouvoir d’achat des ménages est une priorité, mais cette protection ne doit pas se faire au détriment des producteurs locaux. Une approche plus constructive consisterait à agir en amont, en soutenant directement la filière :

  • Subventionner les intrants avicoles pour stabiliser les coûts de production.
  • Exonérer de taxes les équipements et matières premières utilisés dans l’élevage.
  • Faciliter l’accès au crédit pour les petits et moyens producteurs, afin de moderniser leurs infrastructures.

Fixer arbitrairement le prix de l’œuf sans résoudre la question cruciale de la hausse des coûts des aliments pour animaux relève de l’incohérence économique. Cette mesure envoie un signal préoccupant aux investisseurs, rappelant que la liberté d’entreprendre au Burkina Faso dépend désormais de décrets déconnectés des réalités du terrain.

Pour préserver la filière avicole et garantir une autonomie alimentaire durable, il est urgent de revenir sur cette décision et de privilégier des solutions qui soutiennent à la fois les producteurs et les consommateurs.