Un Agri Green Bond inédit au Sénégal pour booster la transition alimentaire
Le Sénégal franchit une étape majeure dans la transition énergétique et alimentaire avec le lancement du premier Agri Green Bond privé du marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’entreprise Swami Agri, filiale du groupe indo-sénégalais Senegindia, émet un emprunt obligataire vert de 30 milliards de francs CFA pour financer des infrastructures durables essentielles à l’autosuffisance alimentaire.
Cette initiative marque un tournant dans le paysage financier régional, encore largement dominé par la dette publique. L’opération cible le développement de cinq chambres froides solaires et d’une centrale photovoltaïque, des équipements stratégiques pour réduire les pertes postrécolte et stabiliser les prix des denrées. « La souveraineté alimentaire passe d’abord par la maîtrise du stockage et de la transformation des récoltes. Sans cela, les flambées de prix et l’inflation persistent », explique Ababacar Diaw, directeur général d’Impaxis Securities, la banque d’affaires sénégalaise en charge de l’émission.
Un impact concret sur l’agriculture sénégalaise
Swami Agri, qui exploite près de 3 700 hectares et couvre 80 % de la production nationale de pommes de terre ainsi que 9 % des oignons, mise sur ces infrastructures pour limiter les gaspillages. Les nouvelles installations devraient permettre de réduire de moitié les pertes postrécolte et de diminuer de 20 à 30 % les émissions de CO2 liées à la chaîne de valeur agricole. « Ce projet transforme durablement notre modèle. Il sécurise les approvisionnements et améliore la compétitivité des produits locaux », se félicite le directeur général.
Un marché financier en mutation
L’émission de ce green bond intervient dans un contexte où les acteurs privés peinent à accéder aux financements bancaires classiques, freinés par des garanties disproportionnées et des taux d’intérêt élevés. « Les marchés financiers régionaux représentent une alternative viable pour les entreprises souhaitant investir dans la transition. Ce n’est plus l’apanage des États ou des institutions publiques », souligne Abdou Diaw, journaliste économique et enseignant au Cesti. Il rappelle que l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a déjà démontré le potentiel de ces instruments avec l’émission de 400 millions de dollars par la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO en 2024.
Pourtant, des défis subsistent. « Le cadre réglementaire doit être renforcé. Les acteurs ont besoin d’être mieux informés sur le fonctionnement de ces outils financiers », insiste-t-il. La période de souscription, ouverte du 30 juillet au 5 août, permettra de tester l’appétit des investisseurs, parmi lesquels figurent des assureurs, caisses de retraite, institutionnels et particuliers de la région.
Cette émission illustre la volonté des entreprises sénégalaises de s’approprier les enjeux de la transition écologique tout en renforçant la résilience du secteur agricole. Une avancée qui pourrait inspirer d’autres acteurs de l’agro-industrie dans l’espace UEMOA.