L’État islamique au Sahel conserve une influence majeure dans le nord-est du Mali

Malgré l’attention médiatique portée sur le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), la Province sahélienne de l’État islamique (ISSP) — héritière de l’ex-EIGS — continue d’exercer une emprise significative sur plusieurs zones stratégiques du Mali. Les régions de Gao, et plus particulièrement le cercle d’Ansongo, ainsi que celle de Ménaka, restent des foyers d’activité pour ce groupe armé, notamment dans les localités des « 3 T » — Talataye, Tin-Hama et Tessit — ainsi qu’à Labbezanga.

Dans ces territoires, l’ISSP a établi un contrôle territorial tangible, imposant sa gouvernance de facto et exerçant une pression constante sur les populations locales. Ces zones, situées à proximité des frontières avec le Niger et le Burkina Faso, constituent des axes logistiques et opérationnels cruciaux pour le groupe.

Une direction en mutation

Sous le commandement d’Abou Al-Bara, successeur d’Adnan Abu Al-Walid Sahraoui (neutralisé en 2021), l’ISSP a opéré une mutation stratégique depuis 2020. Abandonnant progressivement les attaques massives et les exécutions publiques qui marquaient son image, le groupe a adopté une approche plus discrète, axée sur le contrôle des populations et des ressources. Cette évolution vise à renforcer son ancrage local et à réduire son exposition aux frappes militaires.

Les forces maliennes, en réponse, maintiennent une pression opérationnelle constante. Une frappe aérienne récente, menée dans la nuit du 14 au 15 mai 2026 à Bara (cercle d’Ansongo), a permis d’éliminer un cadre opérationnel de l’ISSP ainsi que plusieurs de ses combattants. Cette action illustre la détermination des Forces Armées Maliennes (FAMa) à démanteler les bastions de l’État islamique dans le nord-est, tout en révélant la résilience du groupe à se reconstituer dans des zones frontalières.

Des zones sous emprise et des corridors sous surveillance

L’ISSP cible méthodiquement des localités clés le long de l’axe reliant le Mali au Niger. Talataye, Tin-Hama, Tessit, Labbezanga et Ménaka sont des points névralgiques où le groupe impose son autorité, contrôle les mouvements de personnes et de biens, et influence les groupes armés locaux. Ces actions visent à sécuriser ses axes logistiques et à consolider sa domination sur ces territoires.

La rivalité avec le JNIM ajoute une couche de complexité à la situation sécuritaire. Si le JNIM a récemment multiplié les attaques médiatisées, notamment autour de Bamako et dans d’autres localités du pays, cela ne signifie pas un affaiblissement de l’ISSP. Les deux groupes poursuivent des objectifs distincts : le JNIM privilégie les opérations spectaculaires pour attirer l’attention, tandis que l’ISSP mise sur un contrôle territorial subtil et une influence durable sur les communautés.

Les transfuges du JNIM avaient initialement contribué à une relative trêve entre les groupes armés, mais cette dynamique s’est progressivement dégradée depuis 2020. Les offensives récentes de l’armée malienne ont temporairement recentré l’attention des deux groupes sur un adversaire commun, sans pour autant aboutir à une cessation des hostilités.

Une menace persistante et en mutation

Les données du projet ACLED, datées du 15 mai 2026, révèlent que 86 % des activités de l’État islamique dans le monde se concentrent en Afrique au premier trimestre de cette année. L’ISSP a renforcé ses capacités opérationnelles avec l’utilisation accrue de drones armés, d’attaques motorisées et de pressions économiques ciblant les axes urbains et ruraux.

Les infrastructures civiles et militaires le long de l’axe Ménaka – Ansongo – Tessit, ainsi qu’à Labbezanga, sont régulièrement prises pour cibles. L’exploitation des vulnérabilités locales permet à l’ISSP d’imposer sa loi, comme en témoigne l’attaque d’un convoi civil escorté près de Kobé, à 35 km de Gao, le 7 février 2026. Malgré la neutralisation de cadres clés, comme Abu-Bilal Al-Minuki lors d’une opération conjointe Nigéria – États-Unis dans le bassin du lac Tchad le 16 mai 2026, la menace de l’ISSP reste bien réelle dans le nord-est malien.

Les localités des « 3 T » et de Labbezanga demeurent des bastions où le groupe conserve un contrôle territorial et une influence sur les acteurs locaux. En capitalisant sur la focalisation médiatique sur le JNIM et d’autres groupes armés, l’ISSP renforce discrètement sa position, tout en maintenant une pression constante sur les forces maliennes. Cette situation souligne l’urgence d’intensifier les efforts militaires et sécuritaires, notamment le long de la frontière nigéro-malienne, pour endiguer cette menace enracinée.