Les pays de la bande sahélienne, s’étendant du Mali au Tchad, ne correspondent pas à l’image d’un eldorado économique. Leurs indicateurs clés révèlent des défis structurels majeurs. Au Mali, où 47 % des 25,9 millions d’habitants ont moins de 15 ans, seulement 25 % des terres sont arables. Le pays se classe au 188ᵉ rang de l’indice de développement humain (PNUD) sur 193, et près de 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les chiffres d’Ouagadougou et de Niamey sont tout aussi préoccupants : respectivement 40 % et 60,5 % de la population sous ce seuil (Banque mondiale). Ces trois nations, enclavées et dirigées par des juntes militaires, ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES), avec le soutien de Moscou, dans une logique anti-française et anti-occidentale. Pourtant, malgré ce positionnement, la prospérité promise reste un mirage. Deux pays voisins, l’Algérie et le Maroc, pourraient leur offrir des solutions concrètes.

Le Maroc mise sur un hub portuaire pour désenclaver le Sahel

Avec la construction du port de Dakhla Atlantique, le Maroc ambitionne de créer un équivalent du Tanger Med, un point d’entrée vers l’Europe. Prévu pour être opérationnel en 2029, ce projet vise à offrir aux pays de l’AES un accès à l’océan Atlantique, réduisant leur isolement géographique. Une ligne ferroviaire, encore à l’étude, pourrait relier ce port aux capitales de l’AES, leur ouvrant ainsi une voie commerciale vers l’Amérique et l’Europe. Pour Rabat, cette initiative est aussi une réponse aux défis sécuritaires : en proposant des opportunités économiques à une jeunesse sans espoir, le royaume espère limiter l’influence des groupes djihadistes qui déstabilisent la région. Le taux de natalité élevé du Sahel, qui devrait voir sa population doubler en dix ans, rend cette stratégie d’autant plus cruciale.

L’Algérie mise sur le gaz naturel pour renforcer son influence

Après des tensions diplomatiques, l’Algérie a renoué avec Niamey en février 2025. Elle propose la construction d’un tronçon du gazoduc Transsaharien, reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Ce projet, long de 4 800 km, permettrait d’acheminer du gaz naturel vers l’Europe. La Sonatrach, entreprise nationale algérienne, se chargerait de la construction sur le sol nigérien et formerait des locaux à l’exploitation des ressources, une approche différenciante par rapport à la Chine, souvent critiquée pour son manque de transfert de compétences. Ce gazoduc pourrait ainsi devenir un levier économique et géopolitique pour les trois pays de l’AES.

Deux visions concurrentes mais complémentaires

Lors de réunions à Madrid puis à Washington en février 2025, les discussions ont porté sur le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Une résolution de ce conflit, vieux de près de 50 ans, permettrait à l’Algérie et au Maroc de collaborer sur les enjeux sécuritaires et démographiques du Sahel. Cela limiterait aussi la capacité des États de l’AES à jouer sur les rivalités entre les deux capitales régionales.

Le djihadisme au Sahel prospère dans un terreau de pauvreté et d’autoritarisme. L’Algérie mise sur ses hydrocarbures et son expertise avec la Sonatrach, tandis que le Maroc mise sur ses grands projets infrastructurels et sa volonté de devenir un hub entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques. Deux stratégies qui, malgré leurs différences, pourraient s’avérer complémentaires… si le conflit du Sahara occidental ne venait à opposer Alger et Rabat.

Le 26 septembre 2025, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga exigeait que l’Algérie « cesse de soutenir le terrorisme international ». En réponse, Alger dénonçait, via son ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, une « logorrhée de soudard ».