Vingt-deux ans après l’adoption de la loi sur la Défense nationale, le Mali franchit une étape majeure avec une refonte complète de son architecture sécuritaire. La nouvelle loi, récemment validée par le Conseil national de Transition, élargit le champ de la sécurité à l’ensemble des enjeux contemporains : sécurité intérieure, cyberespace et gestion globale des crises. Ce texte, appelé à remplacer la loi de 2004, réorganise les responsabilités stratégiques et opérationnelles pour une réponse plus efficace.
Le Général Daoud Aly Mohammedine, ministre de la Sécurité et de la Protection civile, a présenté ce projet devant les membres du CNT. Il souligne que plus de deux décennies d’évolution des menaces rendent cette modernisation indispensable. « L’implication de tous les acteurs de la sécurité dans les travaux préparatoires a permis d’élaborer une réforme inclusive et adaptée aux réalités du terrain », a-t-il déclaré. La promulgation de cette loi, attendue dans les prochains mois, marquera un tournant dans la gestion des défis sécuritaires.
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La loi de 2004, bien qu’ambitieuse pour son époque, ne couvrait pas l’ensemble des menaces actuelles. Elle structurait déjà la sécurité intérieure, la défense civile et la participation des collectivités locales, mais elle nécessitait une mise à jour. Le Chef d’État-major général des Armées, en tant que responsable des opérations militaires, bénéficiait déjà d’une autorité étendue en situation de crise. Cependant, la réforme actuelle vise à clarifier et à renforcer ce cadre.
Une sécurité repensée pour l’ère moderne
Cette nouvelle architecture met l’accent sur la sécurité globale, intégrant explicitement la sécurité intérieure et la cyberdéfense comme piliers de la défense nationale. Deux instances clés remplacent les anciennes structures : le Conseil de sécurité nationale et le Comité de défense nationale, sous l’égide directe du Chef de l’État. Leur rôle ? Coordonner les actions et renforcer la réactivité face aux crises.
L’unicité du Commandement opérationnel est également actée. Désormais, le Chef d’État-major général des Armées dirige ce commandement en cas de défense opérationnelle du territoire, garantissant une réponse unifiée lors d’attaques, de crises majeures ou de menaces transfrontalières. Cependant, cette intégration ne signifie pas une militarisation permanente des forces de sécurité comme la Police, la Gendarmerie, la Garde nationale ou la Protection civile.
Un autre changement notable concerne la militarisation de la Police nationale et de la Protection civile depuis 2022. Ce statut facilite leur intégration dans des dispositifs communs tout en préservant leurs missions traditionnelles de protection et de secours.
Le Général Daoud Aly Mohammedine a insisté sur trois axes prioritaires : renforcer l’Administration territoriale, associer les chefs traditionnels à la lutte antiterroriste et poursuivre les recrutements ainsi que l’équipement des forces. Le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation joue un rôle central dans la défense civile, la coordination des services déconcentrés et la mobilisation des populations. L’objectif ? Créer un système où l’alerte remonte efficacement depuis les communes, sans transformer les citoyens en supplétifs des forces de l’ordre.
Cyberdéfense et coordination renforcée
Parallèlement, une réforme distincte concerne le cyberespace. En juin, le gouvernement a adopté des textes instaurant l’Agence nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), prévue par la Stratégie nationale de cybersécurité 2026-2030. Cette agence a pour mission de coordonner la réponse aux cyberattaques et de protéger les infrastructures critiques. La cyberdéfense devient ainsi un volet stratégique de la sécurité nationale, tandis que la cybersécurité s’étend aux administrations, aux réseaux et aux communications électroniques.
Un autre exemple de coordination est le programme DDR-I (Désarmement, Démobilisation, Réintégration et Insertion), qui a déjà permis l’intégration de 254 ex-combattants issus de groupes armés à Soufouroulaye le 4 août. À terme, 2 000 anciens combattants seront intégrés aux Forces armées, tandis que 1 000 autres bénéficieront d’un soutien socio-économique. Bien que ce programme ne découle pas directement de la réforme, il illustre la nécessité d’une collaboration étroite entre la Défense, la Sécurité, la Réconciliation et les autorités locales.
La réussite de cette nouvelle stratégie dépendra de plusieurs facteurs : la rapidité des décisions, la coordination sur le terrain et la confiance entre les institutions, les forces de sécurité et les populations. Les textes d’application, le partage des renseignements, les moyens alloués aux collectivités et les compétences en cybersécurité seront déterminants pour son efficacité.