Le retour de Macky Sall à Dakar, même pour une brève visite, s’inscrit comme un événement politique majeur depuis la transition de pouvoir intervenue en avril 2024. L’ancien président sénégalais a confirmé, via ses réseaux sociaux, son déplacement dans la capitale pour une rencontre officielle avec le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye ce vendredi 17 juillet. Bien que présenté comme un séjour de courte durée, l’entretien prévu dépasse largement le cadre protocolaire d’une simple visite de courtoisie.

L’ordre du jour de cette réunion porte principalement sur la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU). L’ex-chef d’État, en retrait discret depuis la fin de son mandat, cherche à obtenir un soutien institutionnel décisif de la part du gouvernement sénégalais pour concrétiser cette ambition. Sans ce feu vert, ses chances de succès dans une course aussi compétitive restent extrêmement limitées.

Une candidature onusienne conditionnée par l’aval de Dakar

Le processus de désignation du secrétaire général de l’ONU repose sur des critères diplomatiques stricts. Aucun candidat ne peut espérer progresser sans l’appui inconditionnel de son pays d’origine, préalable indispensable avant toute négociation au sein du Conseil de sécurité. Pour Macky Sall, l’obtention d’un accord explicite de Bassirou Diomaye Faye représente donc l’étape fondatrice d’une campagne qui, si elle aboutit, s’étalera sur plusieurs mois de négociations à New York.

Le calendrier politique joue un rôle crucial dans cette dynamique. Le mandat d’António Guterres, actuel secrétaire général, prendra fin à la fin de l’année 2026. La rotation géographique, bien que non écrite, tend à favoriser cette fois un candidat issu du continent africain, une région qui n’a plus occupé ce poste depuis les mandats de Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan. Le Sénégal se trouve ainsi face à une opportunité historique, à condition que ses dirigeants actuels acceptent de soutenir la candidature d’un ancien président issu d’un camp politique opposé.

Une entrevue lourde de symboles et d’enjeux

Les relations entre Macky Sall et Bassirou Diomaye Faye restent marquées par la rupture politique de l’alternance. Arrivé au pouvoir après une campagne menée en partie depuis la détention, le président actuel incarne une volonté de rupture avec l’héritage de son prédécesseur. Plusieurs audits et procédures judiciaires ciblant d’anciens responsables du régime Sall ont depuis alimenté une tension persistante entre les deux formations politiques.

Dans ce contexte tendu, la rencontre du 17 juillet dépasse largement la question de la candidature onusienne. Elle soulève des interrogations stratégiques : quel avenir pour l’ancien président dans la vie politique nationale ? Quelles garanties pour son entourage ? Comment le Sénégal doit-il se positionner face à des échéances multilatérales majeures dans les mois à venir ? La brièveté annoncée de la visite suggère que les deux hommes cherchent avant tout à encadrer un dossier précis, sans ouvrir un dialogue politique plus large.

Un défi diplomatique pour le Sénégal

Pour Bassirou Diomaye Faye, cette décision représente un arbitrage complexe. Appuyer la candidature de Macky Sall reviendrait à conférer à son prédécesseur une légitimité internationale renforcée, tout en offrant au Sénégal un levier stratégique sur la scène mondiale. À l’inverse, un refus ou un délai pourrait compromettre durablement les ambitions de l’ex-président et exposer Dakar à des pressions, tant de la part de ses partenaires africains que de l’opinion publique sénégalaise.

Le Sénégal joue également sa crédibilité au sein de l’Union africaine, dont le soutien collectif à un candidat unique est déterminant pour peser au Conseil de sécurité. Aucune déclaration officielle n’a encore été rendue publique concernant la démarche de Macky Sall, l’exécutif privilégiant visiblement une approche discrète avant l’entretien.

Cette entrevue du 17 juillet marquera, quoi qu’il advienne, le premier échange public entre les deux hommes depuis la transition d’avril 2024. Elle pourrait initier une phase de normalisation politique dont le pays a cruellement besoin, alors que les réformes économiques et institutionnelles portées par le duo Faye-Sonko nécessitent un climat serein et stable.