Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye limoge son Premier ministre Ousmane Sonko
Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a annoncé vendredi soir le départ de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant ainsi fin à des mois de tensions entre les deux figures emblématiques arrivées au pouvoir en avril 2024 sous la bannière d’un espoir collectif sans précédent.
Dans une allocution diffusée à la télévision nationale par le secrétaire général de la présidence, Oumar Samba Ba, le chef de l’État a officialisé la décision : « J’ai mis un terme aux fonctions de monsieur Ousmane Sonko en tant que Premier ministre, ainsi qu’à celles des ministres et secrétaires d’État composant son gouvernement. »
Les membres du gouvernement sortant sont désormais chargés d’assurer la gestion des affaires courantes jusqu’à la formation d’une nouvelle équipe.
Aucune précision n’a été apportée concernant la nomination d’un successeur à ce poste clé.
Des divergences croissantes au sommet de l’État
Depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye, les relations entre le président et son ancien allié, Ousmane Sonko, se sont progressivement dégradées. Ce dernier, dont l’influence avait été déterminante pour porter le duo au pouvoir, incarnait une figure charismatique et radicale face à l’ancien régime de Macky Sall (2012-2024).
Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation ayant entraîné la perte de ses droits civiques, avait choisi Faye comme remplaçant. Ensemble, ils avaient mené campagne sous le slogan « Diomaye Moy Sonko » (« Diomaye, c’est Sonko » en wolof), séduisant une jeunesse sénégalaise en quête de changement après des années de répression des manifestations et de contestation contre un possible troisième mandat de Macky Sall.
Libérés de prison grâce à une loi d’amnistie, les deux hommes avaient incarné l’espoir d’une alternance politique, avant que les désaccords ne deviennent patents.
Ces dernières semaines, Bassirou Diomaye Faye avait publiquement critiqué la « personnalisation excessive » de Sonko au sein du parti au pouvoir, rappelant dans une interview télévisée : « Tant qu’il reste Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Quand ce ne sera plus le cas, il y aura un nouveau Premier ministre. »
Un parti dominant et des ambitions présidentielles
Le parti de Sonko, le Pastef, détient une majorité écrasante à l’Assemblée nationale sénégalaise depuis les législatives de novembre 2024. Récemment, le Parlement a même ouvert la voie à une future candidature de Sonko à la présidentielle de 2029 en adoptant une réforme du code électoral, une décision perçue comme un avantage stratégique par l’opposition.
En juillet 2025, la Cour suprême a rejeté un recours de Sonko contre sa condamnation, relançant le débat sur son éligibilité. Pourtant, après avoir été élu député en novembre 2024, il avait choisi de renoncer à son mandat pour conserver son poste de Premier ministre, une démarche interprétée par son camp comme une confirmation de sa légitimité pour 2029.
Pendant ce temps, Bassirou Diomaye Faye, bien que moins populaire que Sonko, voit son mouvement « Diomaye Président » gagner en soutien, laissant entrevoir une possible candidature pour le scrutin de 2029.
Réactions et contexte économique
Ousmane Sonko a réagi avec soulagement sur les réseaux sociaux : « Alhamdoulillah. Ce soir, je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui », où se situe son domicile à Dakar. Des centaines de ses partisans se sont rassemblés spontanément pour le célébrer après l’annonce de son limogeage.
Quelques heures plus tôt, Sonko avait vivement critiqué « la tyrannie de l’Occident », accusant les pays occidentaux de vouloir « imposer l’homosexualité au reste du monde », dans un discours prononcé devant le Parlement. Cette sortie intervenait quelques semaines après l’adoption d’une loi alourdissant les peines contre les relations homosexuelles au Sénégal, un pays majoritairement musulman.
Le nouveau gouvernement doit désormais faire face à une situation économique complexe, avec une dette publique représentant 132 % du PIB selon le Fonds monétaire international (FMI), faisant du Sénégal le deuxième pays le plus endetté d’Afrique subsaharienne. En 2024, l’équipe de Faye avait accusé l’ancien régime de Macky Sall d’avoir dissimulé l’ampleur de la crise budgétaire, entraînant la suspension d’un programme d’aide du FMI estimé à 1,8 milliard de dollars.