Une page de tensions se tourne pour l’Algérie et le Mali. Après quinze mois d’une crise diplomatique sans précédent, les deux pays ont officialisé vendredi la réouverture de leur espace aérien commun et le retour imminent de leurs ambassadeurs. Une décision qui marque la fin d’un bras de fer né d’un incident militaire aux lourdes conséquences.
Les communiqués publiés en fin de semaine par Alger et Bamako confirment la levée des sanctions réciproques imposées depuis avril 2025. Désormais, les vols civils et militaires peuvent à nouveau transiter librement entre les deux nations, tandis que les diplomates s’apprêtent à reprendre leurs fonctions dans les capitales respectives.
Un incident frontalier aux répercussions majeures
Le conflit entre les deux États est né dans la nuit du 31 mars 2025, près de Tinzaouaten, ville stratégique située dans la région de Kidal. Les forces armées algériennes avaient abattu un drone militaire malien de fabrication turque, accusant l’appareil de violer leur espace aérien. Bamako, de son côté, a toujours rejeté ces allégations, dénonçant une « agression injustifiée » et une absence totale de preuves tangibles.
Cette crise a rapidement pris une dimension régionale, impliquant les partenaires du Sahel.
- Soutien mutuel au sein de la Confédération des États du Sahel : Le Niger et le Burkina Faso se sont rangés aux côtés du Mali, rappelant leur ambassadeur en signe de protestation contre l’acte perçu comme une atteinte à la souveraineté de la confédération.
- Réponse immédiate d’Alger : L’Algérie a riposté en fermant son espace aérien aux avions en provenance ou à destination du Mali, tout en ordonnant le rappel de son ambassadeur à Bamako. Une escalade qui a gelé toute coopération bilatérale.
Un impact direct sur la sécurité régionale
La rupture des relations a eu des conséquences immédiates sur la lutte antiterroriste. En septembre 2024, le Mali a porté l’affaire devant la Cour internationale de justice, accusant l’Algérie d’avoir délibérément détruit le drone pour nuire à ses opérations militaires contre les groupes armés. Bamako a également quitté le Comité d’état-major opérationnel conjoint (CEMOC), un organe clé pour la coordination sécuritaire au Sahel, créé sous l’impulsion d’Alger.
Le saviez-vous ? Pendant plus de dix ans, l’Algérie a joué un rôle central dans la médiation des conflits au Mali, notamment à travers les accords d’Alger signés en 2015, visant à apaiser les tensions avec les mouvements touaregs.
Un contexte géopolitique en pleine mutation
Ce rapprochement intervient dans un environnement régional profondément transformé. Les coups d’État de 2020 et 2021 au Mali ont redessiné les alliances stratégiques du pays. Bamako s’est progressivement tourné vers Moscou, rompant avec ses partenaires historiques comme Paris ou Alger. Cette réorientation s’accompagne d’un renforcement des liens militaires avec la Russie, symbolisés par la création de l’Africa Corps.
Sur le terrain, la situation sécuritaire reste préoccupante. Le Mali est en proie à une insurrection djihadiste active depuis 2012, combinée à une résurgence des tensions avec les séparatistes touaregs. Dans ce contexte, le rétablissement du dialogue avec l’Algérie pourrait s’avérer déterminant pour endiguer la crise et restaurer la stabilité au Sahel.