Après une absence de 73 jours en Europe, le président du Cameroun, Paul Biya, est revenu à Yaoundé ce jeudi 20 août. Agé de 93 ans, le doyen des chefs d’État mondiaux avait quitté le pays le 7 juin dernier pour un « séjour privé » à Genève, en Suisse, accompagné de sa famille et de proches collaborateurs.
Son retour a été marqué par une réception officielle à l’aéroport international de Yaoundé. Le chef de l’État, visible à travers la vitre entrouverte de son véhicule, a salué la foule d’un geste de la main avant de rejoindre le palais d’Etoudi, sa résidence présidentielle, en compagnie de son épouse, Chantal Biya. Des militants du parti au pouvoir, certains arborant des pagnes à l’effigie du président, étaient présents pour l’accueillir dans une ambiance festive.
Cette absence prolongée a relancé les débats sur la capacité du président à diriger le Cameroun, alors que des rumeurs persistent quant à son état de santé. Le 18 juin, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait démenti toute hospitalisation du président dans une clinique genevoise, suite à des articles de presse évoquant cette possibilité.
L’opposition camerounaise a profité de cette période pour dénoncer un « vide institutionnel » et un pays en « pilotage automatique », alors que la nomination d’un nouveau gouvernement et d’un vice-président reste attendue depuis des mois. La réélection controversée de Paul Biya à un huitième mandat en octobre 2025, marquée par des manifestations réprimées dans le sang, avait déjà alimenté les tensions politiques.
Réactions contrastées autour du retour du président
À l’aéroport, certains Camerounais ont defendedu la légitimité du président absent. Gilles Owono, un enseignant de 30 ans, a déclaré : « Pour une démocratie comme la nôtre, c’est normal que l’absence prolongée d’un président suscite des interrogations. Mais cela n’a rien changé au fonctionnement du pays, qui a continué à fonctionner. »
James Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement supérieur et cadre du parti présidentiel, a également justifié le déplacement du président en affirmant qu’il « suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent ses collaborateurs », où qu’il se trouve.
Critiques et incertitudes sur l’avenir politique
Pourtant, cette absence répétée, observée depuis plus de vingt ans, alimente la frustration d’une partie de la population. Prosper Nkou Mvondo, leader du parti d’opposition Univers, a critiqué le président en ces termes : « Cela ne change rien qu’il soit là ou pas. Quand il est là, il ne fait rien. Je ne pense donc pas qu’il soit nécessaire de participer à ce spectacle. »
Les spéculations sur l’après-Biya se multiplient, d’autant que le poste de vice-président reste vacant. En cas de vacance du pouvoir, c’est le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, qui assurerait la transition jusqu’à l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle.
