Il y a quatre ans, les places publiques de Bamako, Ouagadougou et Niamey résonnaient de slogans hostiles à la France. Les départs forcés des diplomates et des militaires de l’opération Barkhane étaient perçus comme des triomphes historiques. Les nouveaux dirigeants militaires promettaient une refondation totale, assurant que la souveraineté retrouvée résoudrait miraculeusement la menace terroriste. En 2026, l’état de grâce s’est évanoui. Le bilan de l’Alliance des États du Sahel (AES) montre une faillite systémique que la propagande officielle peine à dissimuler.
Le mirage sécuritaire : le partenariat russe comme boomerang
Le principal argument des régimes putschistes pour justifier leur prise de pouvoir était l’échec de la France à éradiquer le djihadisme. Pourtant, la solution choisie s’avère plus désastreuse. En substituant les forces occidentales par les paramilitaires russes d’Africa Corps (ex-Wagner), Bamako, Ouagadougou et Niamey ont opté pour une stratégie de la terre brûlée.
Sur le terrain, les groupes terroristes comme le JNIM et l’EIGS n’ont jamais été aussi puissants. Ils encerclent désormais des villes clés et coupent les axes d’approvisionnement vitaux. Le coût humain est effroyable. Les rapports d’organisations indépendantes signalent une multiplication des exactions contre les civils lors des opérations conjointes. Au lieu d’être protégées, les populations du Sahel sont prises en étau entre la terreur djihadiste et la brutalité des nouveaux auxiliaires de sécurité, tandis que le nombre de déplacés internes atteint des niveaux records.
L’isolement diplomatique : une fuite en avant institutionnelle
Pour masquer les échecs intérieurs, les dirigeants de l’AES ont adopté une politique de rupture permanente. Le départ fracassant de la CEDEAO a privé les trois pays de leurs partenaires économiques naturels. Plus récemment, leur retrait collectif de la Cour pénale internationale (CPI) et les restrictions imposées aux agences onusiennes achèvent de transformer la région en une zone grise diplomatique.
Cette fuite en avant institutionnelle vise surtout à protéger les régimes en place de tout regard extérieur sur la situation des droits de l’homme ou le respect des calendriers de transition démocratique. Les élections promises pour rendre le pouvoir aux civils sont sans cesse reportées, transformant des transitions censées être provisoires en dictatures militaires pérennisées.
Économie en déclin et régression sociale
Sur le plan économique, le constat est tout aussi lourd. Le discours sur la souveraineté monétaire et l’autosuffisance se heurte à la dure réalité des chiffres. L’isolement régional a provoqué une augmentation vertigineuse du coût de la vie et des produits de première nécessité. Les entreprises locales étouffent sous le poids des sanctions indirectes, de la baisse des investissements étrangers et des coupures d’électricité chroniques qui paralysent les capitales.
Pendant que les budgets nationaux sont saignés pour financer l’effort de guerre et payer les services des mercenaires russes (souvent rémunérés via des concessions minières), les services sociaux de base s’effondrent. Des milliers d’écoles restent fermées et le système de santé est exsangue. Au lieu d’investir dans le développement humain, les ressources nationales sont confisquées par les appareils militaires.
Un changement de maîtres, pas une libération
Quatre ans après la rupture avec Paris, le constat est amer. Le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus prospère, ni plus indépendant. En chassant un partenaire occidental imparfait mais prévisible, les dirigeants de l’AES ont jeté leurs pays dans les bras d’une puissance russe opportuniste, dont l’unique objectif est géopolitique. La « seconde indépendance » promise s’est transformée en une tragique régression économique et sécuritaire, où la souveraineté brandie par les sommets n’est que le paravent de l’asphyxie des peuples en bas.